L'Ukraine a-t-elle raison de reprendre ses frappes sur les raffineries russes malgré Washington ?
· Europe et international
Volodymyr Zelensky a annoncé le 15 octobre la reprise des frappes de drones contre les raffineries russes, mettant fin à la trêve énergétique voulue par Donald Trump.
Le contexte
Jeudi 15 octobre, un incendie s'est déclaré dans une raffinerie de la région de Riazan, au sud-est de Moscou, après ce que le ministère russe de la Défense décrit comme une « attaque massive » de drones et de missiles ukrainiens. La veille, Moscou affirmait déjà que Kiev avait tenté de frapper deux raffineries, à Riazan et à Saratov. Le même jour, dans un entretien au Financial Times, Volodymyr Zelensky a annoncé la reprise des frappes contre les raffineries russes, abandonnant la trêve énergétique que Donald Trump avait annoncée de son côté.
Ce que Washington demandait
Le président américain avait proposé un « cessez-le-feu énergétique » de trois jours, adossé à un accord prévoyant la livraison par la Russie de plus de 300 000 tonnes de diesel. Selon Kiev, l'Ukraine l'a respecté, mais la Russie ne l'a jamais officiellement accepté et a poursuivi ses bombardements ; le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a même mis en doute l'existence de cette trêve. Toujours selon Kiev, des responsables américains ont menacé de couper le partage de renseignement si les frappes sur les raffineries continuaient, et les alertes précoces sur les tirs de missiles balistiques russes ont cessé d'arriver. L'Ukraine accuse aussi Washington d'avoir bridé Starlink, ce qui gêne le guidage des drones ; Elon Musk renvoie la responsabilité au gouvernement américain. Interrogé sur un sentiment de « trahison », Zelensky a répondu oui.
Donald Trump critique ces frappes parce qu'elles aggravent selon lui la pénurie mondiale de carburant et font monter les prix. Pendant ce temps, la Russie a visé à plusieurs reprises des centrales électriques ukrainiennes ces derniers jours, provoquant des coupures de courant.
Ce qu'en dit l'Europe
Pour Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, frapper les raffineries « relève de la défense de l'Ukraine » au regard du droit international, parce que la guerre est en grande partie financée par le pétrole ; elle estime que les États-Unis devraient faire pression sur Moscou plutôt que sur Kiev. En septembre, l'Ukraine dit avoir touché 12 grandes raffineries. Fin août, selon l'Agence internationale de l'énergie, seules 5 des 32 principales raffineries russes n'avaient pas été atteintes par des drones. Zelensky conditionne désormais toute discussion sur un arrêt des frappes à la livraison de systèmes Patriot supplémentaires.
Les arguments pour
- Frapper le pétrole, c'est frapper ce qui paie la guerre La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, rappelle que l'effort de guerre russe est largement financé par le pétrole et juge ces frappes conformes au droit international. Avec 27 des 32 principales raffineries déjà touchées fin août selon l'AIE, c'est l'un des rares leviers qui atteignent directement les revenus de Moscou.
- Une trêve qu'un seul camp a respectée L'Ukraine a observé les trois jours demandés par Washington, affirme Kiev, pendant que la Russie, qui n'a jamais accepté officiellement l'arrangement, continuait de viser les centrales électriques ukrainiennes et de provoquer des coupures de courant. Continuer à s'abstenir reviendrait à subir seul.
- Plier devant la menace sur le renseignement et Starlink créerait un précédent Kiev affirme que les alertes précoces sur les missiles balistiques ont cessé et que Starlink a été bridé pour forcer l'arrêt des frappes. Céder maintenant reviendrait à accepter que l'allié américain décide des cibles ukrainiennes à chaque désaccord : c'est le raisonnement que porte Zelensky quand il parle de « trahison ».
Les arguments contre
- Des frappes qui font monter le prix du carburant pour tout le monde, selon Donald Trump Le président américain affirme que viser raffineries et dépôts pétroliers aggrave la pénurie mondiale de carburant et fait grimper les prix. Dans une crise énergétique qui pèse déjà sur les automobilistes européens, chaque raffinerie à l'arrêt se paie aussi loin du front.
- Se brouiller avec le pays qui fournit le renseignement et les communications du front Les alertes sur les tirs de missiles et le réseau Starlink dépendent des États-Unis, et Kiev dit déjà en subir la coupure ou le bridage. Reprendre les frappes contre l'avis de Washington expose l'armée ukrainienne à perdre davantage que ce que quelques raffineries en feu rapportent.
Sources
- La Russie dit que l'Ukraine a visé une raffinerie au sud-est de Moscou, Europe 1 (2026)
- Restrictions sur Starlink : Zelensky relance les frappes sur les raffineries russes et défie Trump, Génération NT (2026)
- Kallas : les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes relèvent de la légitime défense, Euronews (2026)
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