Faut-il permettre à l’UE de fermer en urgence son marché à un pays accusé de concurrence déloyale ?
· Économie et consommation
Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont proposé le 5 octobre un outil permettant d’exclure en urgence du marché unique européen un pays qui fausse délibérément la concurrence.
Le contexte
Dans une lettre adressée le 5 octobre à Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz estiment que « les instruments existants ne suffisent plus » face aux distorsions de concurrence. Ils proposent deux outils : l’un pour que les entreprises ne dépendent pas excessivement de fournisseurs d’un seul pays, l’autre pour exclure un pays tiers du marché unique par une procédure d’urgence. La Chine n’est pas nommée, mais la lettre vise les subventions publiques, les surcapacités de production et les prix de dumping.
Ce que prévoit l’outil d’urgence
Il serait réservé aux cas où des pays tiers tentent « délibérément de saper, par des moyens politiques ou économiques », une concurrence équitable. La Commission disposerait d’une large marge de manœuvre : l’outil pourrait être activé tant que les États membres ne s’y opposent pas à la majorité qualifiée. Le principe s’inverse par rapport à l’instrument anti-coercition actuel, qui doit être approuvé à la majorité qualifiée et n’a jamais servi. La Commission prépare par ailleurs, d’ici la fin de l’année, une procédure inspirée de l’article 301 américain pour imposer rapidement des droits de douane ciblés.
Un déficit qui s’est creusé
En 2025, l’Union a exporté pour 199,6 milliards d’euros de marchandises vers la Chine et en a importé pour 559,4 milliards, soit un déficit de 359,8 milliards d’euros, selon Eurostat cité par Euronews. Depuis 2015, les importations ont bondi de 89 %, les exportations de 37 %. Les responsables européens citent l’automobile et la chimie parmi les secteurs menacés.
Une négociation en cours
Le commissaire au Commerce, Maroš Šefčovič, est attendu à Pékin les 8 et 9 octobre. Bruxelles cherche des engagements chinois pour limiter certaines exportations, comme les véhicules hybrides, et rétablir l’accès aux terres rares. Les dirigeants européens doivent en discuter au Conseil européen des 15 et 16 octobre. L’Allemagne, qui avait voté contre les droits de douane sur les voitures électriques chinoises, se dit désormais prête au bras de fer. Pékin a prévenu qu’il riposterait fermement ; selon l’AFP, des produits emblématiques comme le cognac pourraient être visés.
Les arguments pour
- Les usines européennes perdent du terrain face à des importations à très bas prix Les importations depuis la Chine ont progressé de 89 % depuis 2015 et le déficit a atteint 359,8 milliards d’euros en 2025, selon Eurostat. Les responsables européens citent l’automobile et la chimie parmi les secteurs exposés. Paris et Berlin attribuent ces prix à des subventions et à des surcapacités que les entreprises européennes ne peuvent pas égaler.
- Un pays tiers ne pourrait plus compter sur les divisions entre Européens L’instrument anti-coercition, qui exige un vote favorable à la majorité qualifiée, n’a jamais été utilisé. Avec l’outil proposé, la Commission agirait sauf opposition d’une majorité qualifiée : quelques capitales réticentes ne suffiraient plus à tout bloquer. L’Allemagne avait voté contre les droits de douane sur les voitures électriques chinoises avant de changer de position.
- La menace d’une fermeture renforcerait la position européenne dans la négociation Bruxelles demande à Pékin de limiter certaines exportations et de rétablir l’accès aux terres rares, restreint l’an dernier. Un outil capable de fermer le marché européen en quelques jours rend un refus plus coûteux pour l’autre partie, même s’il n’est jamais déclenché.
Les arguments contre
- Des exportations européennes seraient exposées à des représailles Pékin a prévenu qu’il riposterait fermement à toute mesure jugée protectionniste ; selon l’AFP, des produits emblématiques comme le cognac pourraient être visés. L’industrie allemande craint des restrictions sur des composants essentiels, et la Chine a déjà limité l’an dernier ses exportations de terres rares, indispensables à de nombreuses usines européennes.
- La Commission pourrait fermer le marché sans vote favorable des États Selon la lettre franco-allemande, l’outil pourrait être activé tant que les États ne s’y opposent pas à la majorité qualifiée. Pour une décision qui toucherait des pans entiers de l’économie, la charge s’inverse : ce ne serait plus aux partisans de réunir une majorité, mais aux opposants. Les gouvernements perdraient une partie de leur contrôle sur un choix aux effets lourds.
- Les entreprises et les ménages paieraient plus cher des équipements courants Les machines électriques et le matériel audiovisuel représentent à eux seuls 29,5 % des importations européennes depuis la Chine. Fermer le marché à ces produits obligerait les acheteurs à se tourner vers des fournisseurs plus chers, le temps qu’une production européenne se développe.
Sources
- Initiative franco-allemande contre les pratiques commerciales déloyales, FashionNetwork (2026)
- Semaine cruciale pour éviter une guerre commerciale entre l’UE et la Chine, La Libre Belgique (AFP) (2026)
- Le commissaire européen au commerce Maros Sefcovic en mission à Pékin, Journal du Net (2026)
- L’Union européenne est-elle dépendante du commerce avec la Chine ?, Euronews (2026)
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