Faut-il limiter à 10 € par jour les tickets-restaurant dépensés au supermarché ?
· Économie et consommation
Les députés ont pérennisé le 12 octobre l'usage des titres-restaurant pour les courses, mais rejeté un double plafond réclamé par les restaurateurs ; le texte part au Sénat.
Le contexte
Payer son caddie avec ses tickets-resto restera possible. Lundi 12 octobre au soir, l'Assemblée nationale a adopté par 87 voix et aucune contre la proposition de loi du député Christophe Naegelen (Liot) : l'achat de produits alimentaires avec les titres-restaurant, qui devait s'arrêter au 31 décembre, est reconduit d'un an puis pérennisé à partir de 2028. Le texte prévoit aussi la fin du titre papier en 2028, l'usage les dimanches et jours fériés et le don à des associations d'aide alimentaire.
Les restaurateurs voulaient autre chose. L'Umih, principale organisation du secteur, réclamait un double plafond quotidien : 25 euros dans les restaurants et commerces de proximité, 10 euros dans les grandes surfaces, contre 25 euros partout aujourd'hui. Plusieurs députés avaient déposé des amendements en ce sens, dont Richard Ramos (Démocrates), François Gernigon et Béatrice Piron (Horizons) ; Nicole Dubré-Chirat (EPR) proposait plutôt une majoration d'au moins 20 % au restaurant. Tous ont été rejetés.
Le caddie gagne du terrain
La part de la grande distribution dans les dépenses en titres-restaurant est passée de 22 % à 31 % entre fin 2022 et mi-2024, selon LCP. Un titre sur trois seulement est dépensé au restaurant, contre un sur deux il y a quatre ans, d'après Sud Radio. « Ce vote est un signal désastreux envoyé à toute une profession », a réagi Thierry Marx, président de l'Umih, qui redoute un « titre-caddie » et demande aux sénateurs de rétablir l'équilibre.
La Fédération du commerce et de la distribution défend au contraire un avantage pour les salariés : 70 à 75 % des achats réglés en titres dans ses magasins portent sur des produits directement consommables. Le ministre du Commerce Serge Papin veut maintenir les 25 euros partout : « il faut que tout le monde s'y retrouve ». Environ six millions de salariés utilisent ces titres. Le gouvernement a engagé la procédure accélérée, et le Sénat peut encore réintroduire le double plafond par amendement.
Les arguments pour
- Le titre-restaurant a été créé pour le déjeuner, pas pour le caddie La grande distribution encaisse désormais 31 % des sommes dépensées en titres, contre 22 % fin 2022, et un titre sur trois seulement finit au restaurant. Un plafond de 10 euros en grande surface laisse de quoi acheter un repas du midi, tout en redirigeant le reste vers les restaurants, à qui le dispositif était destiné.
- Moins de titres au restaurant, moins de restaurants qui les acceptent : un cercle vicieux L'Umih décrit la spirale : à mesure que les salariés dépensent leurs titres ailleurs, les restaurateurs, qui paient des commissions parfois élevées, ont de moins en moins intérêt à les accepter, et certains les refusent déjà. Recentrer le dispositif est le seul moyen de garder au titre son sens premier.
Les arguments contre
- Six millions de salariés perdraient un avantage, surtout loin des restaurants Pour ceux qui travaillent sans restaurant à proximité ou qui préfèrent cuisiner, le titre sert déjà à acheter le repas du midi en magasin : 70 à 75 % des achats y portent sur des produits directement consommables, selon la grande distribution. Ramener le plafond à 10 euros toucherait d'abord les foyers modestes et ruraux, relève Le Journal de l'économie.
- C'est l'argent du salarié, pas une subvention aux restaurateurs Le titre-restaurant est un avantage du salarié, pas une aide aux restaurateurs. Le ministre Serge Papin refuse de « diminuer la possibilité au salarié de dépenser comme il le souhaite », et les députés ont tranché sans une seule voix contre. Décider à sa place où il doit déjeuner reviendrait à transformer un avantage social en soutien à un secteur.
Sources
- Tickets-resto : la possibilité de les utiliser pour faire des courses alimentaires en voie de pérennisation après un vote des députés, LCP (2026)
- Titres-restaurant : les députés rejettent le double plafond, L'Express Franchise (2026)
- Titres-restaurant : les restaurateurs dénoncent une dérive du système, Sud Radio (2026)
- Titre-restaurant : pas de plafond réduit pour les courses, Le Journal de l'économie (2026)
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