La SNCF doit-elle imposer des règles de pluralisme plus strictes aux boutiques Relay des gares ?
· Culture et médias
Le 6 novembre, des militants d'Alternatiba ont vidé une partie d'un magasin Relay de la gare Montparnasse pour dénoncer le « monopole » dans les boutiques des gares de Vincent Bolloré, dont le groupe contrôle l'enseigne.
Le contexte
Le vendredi 6 novembre, une trentaine de militants d'Alternatiba et d'ANV-COP21 ont « déménagé » une partie du magasin Relay de la gare Montparnasse, à Paris. Ils ont vidé le présentoir des quotidiens et une partie des magazines dans une vingtaine de cartons, puis sont partis à l'arrivée des agents de sécurité, rapporte l'AFP. « La SNCF ne devrait pas donner la priorité à un milliardaire qui ne cache pas son projet politique rétrograde », a déclaré leur porte-parole, Zoé Pélégry.
Relay appartient au groupe Lagardère, passé fin 2023 sous le contrôle de Vincent Bolloré. Selon ActuaLitté, l'enseigne comptait en février 2026 307 boutiques dans 271 gares, sur environ 1 200 points de vente recensés par la SNCF. Depuis 2014, SNCF Gares & Connexions détient à parts égales avec Lagardère Travel Retail la société qui exploite ces commerces.
Une enquête de l'Observatoire des multinationales, publiée le 30 juin après des relevés dans trente gares, pointe une forte visibilité de certains essais des éditions Fayard et du JDNews. ActuaLitté nuance : l'essai le plus visible parmi ceux étudiés était publié par Albin Michel, et plusieurs diffuseurs disent ne pas constater de favoritisme manifeste.
Interrogé par une députée, le gouvernement a répondu le 13 octobre que la loi Bichet de 1947 encadre la distribution de la presse : les diffuseurs comme Relay ne choisissent pas les journaux qu'ils reçoivent. Pour les livres, selon la même réponse, une charte adoptée par Lagardère Travel Retail France impose des critères commerciaux identiques pour tous les éditeurs. Elle est annexée aux contrats d'occupation du domaine public en gare.
Les arguments pour
- La SNCF est coactionnaire de la société qui exploite les boutiques Depuis 2014, SNCF Gares & Connexions détient à parts égales avec Lagardère Travel Retail la société Lagardère & Connexions, qui exploite quelque 328 points de vente en gare, principalement sous l'enseigne Relay, selon ActuaLitté. L'entreprise publique n'est donc pas un simple loueur d'emplacements.
- Une enquête relève une forte visibilité d'essais édités par une maison d'Hachette L'Observatoire des multinationales, après des relevés dans trente gares, pointe la forte présence d'essais de Fayard, maison d'Hachette, et du JDNews, selon ActuaLitté. Une députée a demandé au gouvernement d'inscrire des clauses de pluralisme contraignantes dans les conventions d'occupation de SNCF Gares & Connexions.
Les arguments contre
- La loi empêche déjà Relay de choisir les journaux qu'il vend Selon la réponse du gouvernement du 13 octobre, la loi Bichet encadre la distribution de la presse, et les diffuseurs « ne choisissent ni les titres qui leur sont adressés » ni les quantités. Pour les livres, une charte de Lagardère Travel Retail France, annexée aux contrats, exige des critères identiques pour tous les éditeurs.
- Aucune plainte formelle ne vient étayer un favoritisme D'après ActuaLitté, l'Autorité de la concurrence indiquait en février 2026 ne pas avoir été saisie, et l'Arcep n'a reçu aucune plainte d'éditeur de presse sur le placement de ses titres chez Relay. Des diffuseurs, dont celui d'Actes Sud, disent ne pas constater de favoritisme manifeste, et l'essai le plus visible relevé par l'enquête était publié par Albin Michel.
Sources
- À Paris, un magasin Relay « déménagé » pour dénoncer le « monopole » de Bolloré dans les gares (AFP), Sud Radio (2026)
- De Hachette à Relay, deux siècles d'emprise sur les librairies de gare, ActuaLitté (2026)
- Question écrite n° 17397 : Respect du pluralisme par les magasins Relay, Assemblée nationale (2026)
Vote ouvert jusqu’au .