Approuvez-vous la condamnation de l’employeur qui a licencié un salarié en arrêt maladie après un marathon ?

· Travail et protection sociale

Aux Pays-Bas, la cour d’appel de La Haye a confirmé le 22 septembre la condamnation d’une agence de voyages qui avait licencié un salarié en arrêt maladie ayant couru un marathon.

Coureurs de marathon sur une avenue de Rotterdam, encouragés par des spectateurs devant un immeuble de briques.
Jorgen Hendriksen / Unsplash, licence Unsplash, recadrage 3:4

Le contexte

Le 13 avril 2025, un salarié de l’agence de voyages néerlandaise Prijsvrij, en arrêt maladie depuis la mi-décembre, boucle le marathon de Rotterdam en moins de 3 h 30. Le même mois, l’entreprise le licencie pour faute grave. Elle lui reproche de refuser de coopérer et juge sa course « structurellement incompatible » avec son état de santé.

Le salarié n’avait rien caché. Il avait prévenu le médecin du travail qu’il comptait continuer à s’entraîner, et celui-ci n’y avait rien trouvé à redire. Deux médecins du travail l’avaient toutefois jugé inapte à reprendre son poste. En mars, l’employeur l’avait aussi fait suivre par des détectives privés, qui l’ont seulement vu conduire son enfant à l’école.

Plus de 60 000 euros à payer

En septembre 2025, le tribunal de Rotterdam a jugé le licenciement abusif et la filature disproportionnée. Le 22 septembre 2026, la cour d’appel de La Haye a confirmé ce jugement. L’agence doit verser 62 820 euros brut au total, dont 50 000 euros d’indemnité pour faute grave de l’employeur.

En France, des règles plus strictes

Chez nous, c’est le médecin qui prescrit l’arrêt qui décide. Il indique si les sorties sont interdites, limitées (présence à domicile de 9 h à 11 h et de 14 h à 16 h) ou libres, et quelles activités extérieures restent possibles. En 2020, la Cour de cassation a donné raison à la Sécurité sociale, qui avait suspendu les indemnités d’un salarié ayant couru 14 courses pendant son arrêt, faute d’autorisation expresse et préalable de son médecin.

Les arguments pour

  • Courir peut faire partie du rétablissement, et le médecin était au courant Le salarié avait signalé ses entraînements au médecin du travail, qui ne s’y était pas opposé. Dans l’affaire française de 2020, le médecin traitant soulignait aussi que le sport aidait son patient à réduire ses anxiolytiques. Sanctionner l’effort physique peut pousser des malades à rester inactifs.
  • Faire filer un salarié malade par des détectives est une intrusion disproportionnée Les juges néerlandais ont estimé que cette surveillance portait gravement atteinte à sa vie privée. Les enquêteurs n’ont rien relevé d’autre qu’un trajet vers l’école. La lourde indemnité rappelle aux employeurs qu’un soupçon ne justifie pas tout.
  • Être inapte à son poste ne veut pas dire être incapable de tout Les médecins du travail l’avaient déclaré inapte à reprendre son travail, pas à faire du sport. Un arrêt protège la santé face aux contraintes d’un emploi précis, il n’impose pas de rester couché.

Les arguments contre

  • Un marathon en moins de 3 h 30 sème le doute sur la réalité de l’arrêt L’employeur continue de verser une partie du salaire pendant l’absence, et les collègues compensent. Voir le salarié réaliser une telle performance au même moment entame la confiance, et l’entreprise jugeait cet effort incompatible avec son état.
  • Un simple accord oral ne devrait pas suffire pour un effort aussi intense En France, le médecin qui prescrit l’arrêt doit autoriser expressément et à l’avance une activité comme la course, faute de quoi les indemnités peuvent être suspendues. Un avis informel du médecin du travail n’offre pas cette garantie, ni pour l’employeur ni pour la Sécurité sociale.

Sources

Sondage clos le .

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