Faut-il rendre le bac plus difficile à obtenir ?
· Éducation
Le maire de Béziers, Robert Ménard, a jugé le 15 octobre sur Europe 1 qu'« il ne peut pas y avoir 80 % d'une classe d'âge qui a le bac ».
Le contexte
Invité de la Grande Interview Europe 1-CNews le 15 octobre, le maire divers droite de Béziers, Robert Ménard, est revenu sur la contestation lycéenne et sur les critiques visant Parcoursup. Selon lui, la plateforme sert de « bouc émissaire » à un problème plus profond. Il estime que le niveau des élèves n'a pas progressé au point qu'environ 80 % d'une classe d'âge obtienne le bac, et qu'on fait croire aux jeunes que le diplôme leur ouvrira un certain nombre de portes. Il juge enfin que la sélection ne se fait plus suffisamment à la fin du lycée et se trouve reportée sur les premières années du supérieur.
Selon les chiffres provisoires du ministère de l'Éducation nationale, 91,4 % des candidats ont obtenu le bac en juin 2026, un taux en baisse de 0,4 point par rapport à 2025. La part de bacheliers dans une génération atteint 79 % : 42,2 % en voie générale, 15,5 % en technologique et 21,3 % en professionnelle. Depuis la session 2026, en voies générale et technologique, les points supplémentaires accordés par le jury sont réservés aux candidats ayant au moins 8 sur 20, dans la limite de 50 points.
D'où vient l'objectif des 80 %
En 1985, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Pierre Chevènement a fixé l'objectif d'amener 80 % d'une classe d'âge au bac d'ici l'an 2000, pour réduire le chômage et l'illettrisme. Cette année-là, 71 % des jeunes n'avaient pas le bac. Le bac professionnel a été créé la même année. Entre 1995 et 2010, la part de bacheliers dans une génération n'a pas dépassé 65 %. Elle a atteint 76,7 % en 2012, après la réforme du bac professionnel, puis 79,6 % en 2017.
Les arguments pour
- Un bac plus exigeant ramènerait le tri à la fin du lycée Pour Robert Ménard, on fait croire aux jeunes que le bac leur ouvrira un certain nombre de portes, alors que la sélection se trouve en partie reportée sur les premières années du supérieur. Il cite Sciences Po Paris, qui recevrait selon lui 20 000 candidatures par an. Pour les partisans d'un bac plus exigeant, celui-ci ramènerait ce tri à la fin du lycée.
- Éviter des échecs en licence aux bacheliers professionnels Selon L'Etudiant (2020), les bacheliers professionnels qui choisissent une licence ont un taux de réussite de 5 %, contre 49 % en BTS. Un bac plus exigeant pourrait, selon ses partisans, signaler plus tôt les parcours à risque.
Les arguments contre
- Un bac plus difficile tournerait le dos à l'objectif de réduire le chômage et l'illettrisme L'objectif de 80 % d'une classe d'âge au bac, fixé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement, devait réduire le chômage et l'illettrisme. Rendre le diplôme plus difficile à obtenir reviendrait, pour les défenseurs de cet objectif, à renoncer à cette ambition.
- Un bac plus sélectif pèserait surtout sur les élèves de milieux modestes Selon L'Etudiant (2020), 34,9 % des élèves de lycée professionnel étaient enfants d'ouvriers, contre 19,3 % en lycée général et technologique. Durcir le bac risquerait, pour ses opposants, de pénaliser d'abord ces élèves.
- Les règles viennent déjà d'être durcies Depuis la session 2026, en voies générale et technologique, les points supplémentaires du jury sont réservés aux candidats ayant au moins 8 sur 20. Le taux de réussite a reculé de 0,4 point, à 91,4 %, sans que le ministère établisse de lien entre les deux.
Sources
- Robert Ménard : « On ne peut pas avoir 80 % d'une même classe d'âge qui a le bac », Europe 1 (2026)
- Résultats provisoires du baccalauréat 2026 (Note d'information n° 26.33), Ministère de l'Éducation nationale, DEPP (2026)
- La part de diplômés au sein d'une génération, l'autre enjeu du bac, L'Etudiant (2020)
- Le bac pro, le vrai bac économique et social, L'Etudiant (2020)
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