Le jury du Renaudot a-t-il raison de garder en lice le roman soupçonné d'avoir été écrit avec une IA ?
· Culture et médias
Le jury du prix Renaudot a maintenu dans sa deuxième sélection le roman de Thélyson Orélien, que l'Académie Goncourt avait retiré de la sienne.
Le contexte
Le roman s'intitule « C'était ça ou mourir ». Son auteur, l'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, l'a d'abord publié au Québec chez Boréal en mars, puis en France chez Grasset en août. Le livre a reçu le prix du roman Fnac et figurait dans les sélections des grands prix d'automne.
Le 21 septembre, un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », a publié une analyse du logiciel Pangram selon laquelle le texte aurait été écrit « presque intégralement » par une intelligence artificielle. Des accusations de plagiat de textes plus anciens ont suivi. L'auteur nie avoir utilisé une IA et explique que son style, fait de répétitions et de rythme, s'inscrit dans une tradition littéraire haïtienne et caribéenne. Grasset dénonce une « campagne de haine ».
Deux jurys, deux décisions
Fin septembre, l'Académie Goncourt a retiré le livre de sa sélection. Elle invoque des analyses selon lesquelles il serait « très largement le produit d'une intelligence artificielle » et veut « envoyer un message clair ». Le jury Renaudot a fait le choix inverse : il a gardé le roman dans sa deuxième liste, publiée le 7 octobre.
Les preuves restent discutées. Lors de tests menés par l'AFP, un outil a jugé les passages très probablement humains ; sur sept autres détecteurs, un seul a conclu à 100 % d'IA, deux à une écriture humaine et quatre ont donné des résultats variables.
Les arguments pour
- Les détecteurs d'IA se contredisent, rien n'est prouvé Lors des tests de l'AFP, un outil a jugé les passages très probablement humains, deux autres ont conclu à une écriture humaine et un seul à 100 % d'IA. Écarter un livre sur la foi d'un logiciel reviendrait à condamner un auteur sans preuve.
- Un style répétitif n'est pas la signature d'une machine Thélyson Orélien explique que ses répétitions et son rythme viennent d'une tradition littéraire haïtienne et caribéenne. Son éditeur québécois rappelle un travail étalé sur vingt ans et de nombreux allers-retours sur le manuscrit.
- Un jury doit juger un texte, pas céder à une campagne en ligne Les accusations ont été lancées par un compte anonyme sur X. Grasset parle de « campagne de haine » et l'auteur dit subir des attaques racistes depuis son arrivée en France. Retirer le livre sous cette pression donnerait du poids à n'importe quelle accusation anonyme.
Les arguments contre
- Un prix littéraire doit récompenser une écriture humaine L'Académie Goncourt a retiré le roman pour défendre l'intégrité de son prix et dire qu'elle ne cautionne pas les textes générés avec l'aide de l'IA. Garder le livre en lice, c'est risquer de couronner un texte dont l'origine reste douteuse.
- Le soupçon de plagiat s'ajoute à celui d'IA L'Académie Goncourt reproche aussi à l'auteur des plagiats « au fil du temps », qui viseraient selon les accusations des textes publiés au Canada il y a plus de dix ans. Même si l'usage de l'IA restait incertain, ce second soupçon suffit à fragiliser la place du livre parmi les favoris d'un grand prix.
Sources
- La deuxième sélection du prix Renaudot 2026, Livres Hebdo (2026)
- L'Académie Goncourt retire le roman de Thélyson Orélien de sa sélection pour le prix, Brut (2026)
- Roman primé d'un Québécois écrit par l'IA ? On te résume toute la saga, Narcity Québec (2026)
- L'Académie Goncourt supprime le roman de Thélyson Orélien de sa sélection pour le prix, Europe 1 (2026)
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