Faut-il réduire le nombre de porcs élevés en Bretagne pour lutter contre les algues vertes ?

· Environnement et énergie

Une enquête du média DeSmog publiée le 22 octobre par Euronews relie la prolifération d'algues sur des plages européennes, dont celles de Bretagne, aux rejets de l'agriculture et de l'élevage.

Gros plan sur la tête d'un porc dans un bâtiment d'élevage
Photo Dmytro Koplyk, Unsplash (licence Unsplash), photo d'illustration ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le 22 octobre, Euronews a publié une enquête du média DeSmog sur les proliférations d'algues qui abîment des lieux de baignade en Europe. En Bretagne, l'enquête évoque notamment Douarnenez et Saint-Brieuc. Elle rappelle que les algues vertes ont été liées à jusqu'à six décès sur les plages de la région depuis les années 1980.

La Bretagne compte 6,8 millions de porcs, soit 58 % du cheptel national sur 5 % du territoire, selon Euronews. Les services de l'État en région donnent un chiffre proche, 55 % du cheptel français en 2024. En 2021, la Cour des comptes estimait que plus de 90 % des nitrates présents dans les baies touchées étaient d'origine agricole.

La Cour jugeait alors leurs objectifs mal définis et leur impact sur les échouages limité. Fondés sur le volontariat, ces plans avaient engagé 109 millions d'euros d'argent public entre 2010 et 2019. Seuls 19 % des paiements du premier plan et 25 % du second avaient servi à prévenir les fuites d'azote agricole.

Parmi les pistes citées par l'enquête, un professeur de l'université de Kiel, ancien conseiller du ministère allemand de l'Agriculture, propose de réduire les engrais riches en nitrates et de limiter l'élevage à une unité de bétail par hectare. La filière porcine pèse lourd dans l'économie bretonne, avec 5 500 emplois en équivalent temps plein dans les élevages spécialisés en 2023, selon les services de l'État, et près de 7 000 emplois dans les abattoirs, selon le magazine Réussir.

Les arguments pour

  • Moins de porcs, c'est moins de lisier qui finit dans les baies Plus de 90 % des nitrates des baies touchées viennent de l'agriculture, selon la Cour des comptes, et seule une action sur l'azote peut limiter les échouages. Avec plus de la moitié des porcs français sur 5 % de la superficie du pays, des nutriments en excès s'accumulent dans les champs fertilisés au lisier, selon Euronews.
  • Dix ans de plans volontaires n'ont pas réglé le problème Les deux plans de lutte ont engagé 109 millions d'euros d'argent public entre 2010 et 2019, pour un impact sur les échouages jugé limité par la Cour des comptes. Seule une petite partie des paiements a réellement servi à réduire les fuites d'azote agricole.

Les arguments contre

  • Des milliers d'emplois bretons dépendent des élevages et des abattoirs Les élevages porcins spécialisés emploient 5 500 personnes en équivalent temps plein, et les abattoirs près de 7 000. Réduire le cheptel menacerait directement une partie de ces postes.
  • D'autres leviers existent avant de réduire le cheptel En Irlande du Nord, un rapport cité par l'enquête réclame de mieux faire appliquer les règles d'épandage, et un chercheur plaide pour investir dans le traitement des eaux usées. En 2021, la Cour des comptes recommandait de renforcer les contrôles et de revoir les incitations de la future PAC pour changer les pratiques agricoles.

Sources

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