Faut-il abaisser à 3 000 euros le plafond de l’abattement fiscal de 10 % des retraités ?
· Économie et consommation
Le projet de budget 2027 ramène de 4 439 à 3 000 euros par foyer le plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions, une mesure rejetée le 7 octobre en commission des finances.
Le contexte
Les salariés déduisent 10 % de leurs revenus au titre des frais professionnels avant le calcul de l’impôt. Les retraités bénéficient d’un abattement du même taux sur leurs pensions, plafonné à 4 439 euros par foyer pour les revenus de 2025, avec un plancher de 454 euros par pensionné. L’article 3 du projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre, ramènerait ce plafond à 3 000 euros, révisé ensuite chaque année comme la première tranche du barème.
Qui paierait davantage
Le plafond s’appliquant au foyer, il serait atteint dès 30 000 euros de pensions annuelles cumulées, soit par exemple un couple dont chacun touche 1 250 euros par mois. Le gouvernement en attend environ 1,4 milliard d’euros de recettes. Selon LCP, 4,6 millions de foyers seraient concernés ; la mesure viserait surtout les trois déciles de retraités les plus aisés. D’après les simulations publiées par Legifiscal, l’impôt augmenterait d’environ 150 euros par an pour 35 000 euros de pensions déclarées et de 432 euros pour 50 000 euros.
Ce qu’avance le gouvernement
L’exposé des motifs, cité par Legifiscal, estime que « les circonstances de la création de l’abattement en 1978 ont changé », que les retraités « n’ont pas de frais professionnels » et que leur taux de pauvreté est désormais inférieur à celui des actifs. Les chiffres du Conseil d’orientation des retraites (COR) donnent un tableau plus nuancé. En 2023, le niveau de vie moyen des retraités était équivalent à celui de l’ensemble de la population (100,2 %), mais inférieur à celui des actifs (108,9 %). Leur taux de pauvreté atteignait 10,5 %, contre 15,4 % dans l’ensemble de la population et 8,3 % chez les personnes en emploi.
Le rejet en commission
Le 7 octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté des amendements supprimant l’article, déposés par des groupes allant de LFI au RN, dont la Droite républicaine et Horizons. Seul Guillaume Kasbarian (Ensemble pour la République) a défendu la mesure, en dénonçant un « électoralisme primaire ». Ce vote n’est pas définitif : en séance, l’examen du budget repart du texte du gouvernement.
Les retraités sont visés par une autre mesure du même budget : les pensions supérieures à 1 260 euros seraient revalorisées moins vite que les prix en 2027.
Les arguments pour
- Les retraités n’ont pas de frais professionnels à compenser Chez les salariés, la déduction de 10 % couvre les dépenses liées au travail : trajets, repas, équipement. Les retraités n’ont plus ces dépenses mais profitent d’un abattement du même taux. Le gouvernement estime que les raisons de sa création en 1978 ont disparu et propose de le réduire pour les pensions élevées, sans le supprimer.
- Le niveau de vie moyen des retraités a rattrapé celui de la population Selon le COR, en 2023, le niveau de vie moyen des retraités était équivalent à celui de l’ensemble des Français, et leur taux de pauvreté était nettement plus bas (10,5 % contre 15,4 %). Un avantage fiscal accordé à tous les retraités ne correspond donc plus à un retard de revenus du groupe dans son ensemble.
- Les petites pensions ne seraient pas touchées Rien ne changerait pour les foyers déclarant moins de 30 000 euros de pensions par an. La mesure viserait surtout les trois déciles de retraités les plus aisés et rapporterait environ 1,4 milliard d’euros, un effort demandé à ceux qui ont le plus de marge plutôt qu’à l’ensemble des contribuables.
Les arguments contre
- Un couple aux pensions moyennes serait déjà concerné Le plafond s’applique au foyer : un couple dont chacun touche 1 250 euros par mois atteint déjà les 30 000 euros annuels. Selon LCP, 4,6 millions de foyers seraient touchés. LFI juge que la mesure pénalise les retraités des classes moyennes, bien au-delà des plus aisés.
- Les mêmes retraités perdraient deux fois en 2027 Le budget prévoit aussi de revaloriser moins vite que les prix les pensions supérieures à 1 260 euros. Un retraité concerné verrait sa pension progresser moins que l’inflation et son impôt augmenter la même année. Contrairement à un actif, il ne peut guère compenser par une hausse de salaire ou des heures supplémentaires.
- Les retraités vivent en moyenne moins bien que les actifs Selon le COR, le niveau de vie moyen des retraités était en 2023 inférieur d’environ 9 points à celui des actifs. L’écart se réduit fortement quand on tient compte du fait qu’ils sont plus souvent propriétaires de leur logement, sans s’inverser. Le COR projette en outre une baisse de leur niveau de vie relatif dans les prochaines décennies.
Sources
- Projet de loi de finances pour 2027 (n° 3210) — article 3 : réduction à 3 000 € du plafond de l’abattement en faveur des bénéficiaires de pensions de retraite, Assemblée nationale (2026)
- Budget 2027 : les députés s’opposent au rabot de l’abattement fiscal des retraités lors des débats en commission, LCP (2026)
- PLF 2027 : l’abattement de 10 % des retraités plafonné à 3 000 €, Legifiscal (2026)
- Le niveau de vie des retraités — document de travail, séance plénière du 5 février 2026, Conseil d’orientation des retraites (2026)
- Retraites, arrêts de travail, APL… : les principales mesures prévues par le gouvernement dans son projet de budget pour 2027, LCP (2026)
- Impôts des retraités : l’abattement raboté à 3 000 euros ciblé par toutes les oppositions à l’Assemblée, MoneyVox (2026)
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