Un animateur périscolaire soupçonné de violences sur un enfant doit-il être suspendu avant la fin de l'enquête ?

· Éducation

Le rapport d'une mission d'information du Sénat, adopté le 14 octobre, recommande de faciliter la suspension préventive des animateurs du périscolaire soupçonnés de faits dangereux pour des mineurs.

Des balançoires vides suspendues à leurs chaînes dans une aire de jeux
Photo the blowup, Unsplash (licence Unsplash), lieu non précisé ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le rapport s'attarde sur la situation de Paris, où 235 enquêtes pénales ont été ouvertes pour des violences psychologiques, physiques et sexuelles. Le 23 juin, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a indiqué que la Ville avait suspendu 132 animateurs depuis le 1er janvier, dont 52 pour des soupçons de violences sexuelles ou sexistes. Chaque suspension entraîne, selon lui, une enquête administrative et une saisine du parquet.

La mission d'information, dont la rapporteure est la sénatrice de Paris Agnès Evren (LR), a recensé des signalements dans 73 départements. Son rapport, adopté à l'unanimité le 14 octobre, décrit des défaillances « systémiques ». Toujours selon le rapport, neuf enfants sur dix fréquentent un accueil périscolaire au moins une fois dans la journée.

Les recommandations du rapport

Parmi ses 25 recommandations figurent des contrôles d'honorabilité avant toute prise de poste, un fichier des suspensions et interdictions d'exercer partagé entre tous les secteurs accueillant des mineurs, et une sanction pénale pour qui ne signale pas un incident grave au préfet. Le rapport veut aussi faciliter les suspensions préventives des animateurs soupçonnés de faits dangereux pour des mineurs. La rapporteure souhaite porter la durée de suspension à huit mois, par des amendements qu'elle prépare au projet de loi sur la protection de l'enfance, attendu au Sénat le 27 octobre.

Selon Public Sénat, faute d'animateurs qualifiés en nombre suffisant, les communes pourvoient parfois les postes dans l'urgence. La rapporteure souligne qu'un animateur écarté sans trace écrite peut retravailler ailleurs sans que ses antécédents soient connus. Selon elle, la mémoire traumatique d'un enfant s'efface au bout de trois à quatre semaines, alors que les auditions ont lieu trois à quatre mois après les faits quand tout se passe bien.

Les arguments pour

  • Éloigner tout de suite l'adulte mis en cause des enfants Les enquêtes prennent du temps : selon la rapporteure, les enfants sont entendus trois à quatre mois après les faits quand tout se passe bien. Une suspension préventive évite que l'animateur reste au contact d'enfants pendant cette période.
  • Laisser une trace écrite pour éviter qu'un animateur écarté soit réembauché ailleurs Selon la rapporteure, un animateur écarté sans trace écrite peut retravailler ailleurs sans que ses antécédents soient connus. Une suspension formelle laisse une trace écrite, que le rapport propose de recenser dans un fichier partagé entre les secteurs accueillant des mineurs.

Les arguments contre

  • Une mise à l'écart de plusieurs mois avant que les faits soient établis Tant que l'enquête n'est pas terminée, l'animateur est présumé innocent. Une suspension portée à huit mois, comme le souhaite la rapporteure, pourrait écarter longtemps une personne finalement mise hors de cause et nuire à sa réputation.
  • Des accueils qui manquent déjà d'animateurs qualifiés Faute d'animateurs qualifiés en nombre suffisant, les communes pourvoient déjà parfois les postes dans l'urgence. Suspendre plus fréquemment pourrait obliger à remplacer davantage de personnel au pied levé, au risque de recrutements moins bien vérifiés.

Sources

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