Les écoles de Paris doivent-elles revenir à la semaine de quatre jours ?
· Éducation
Paris, dont le maire veut réorganiser les rythmes scolaires d'ici à 2027, a de nouveau été interrogée mercredi par le Sénat sur les failles de son périscolaire.
Le contexte
Dans les 620 écoles de Paris, la classe s'arrête à 15 heures le mardi et le vendredi. Jusqu'à 16 h 30, des animateurs de la ville ou d'associations prennent le relais pour des ateliers gratuits, et les enfants ont classe le mercredi matin. Cette semaine de quatre jours et demi date de la réforme Peillon de 2013. Depuis qu'un décret de 2017 l'a permis, environ 90 % des communes sont revenues à quatre jours. Paris est l'une des rares grandes villes, avec Grenoble, à ne pas l'avoir fait.
Un périscolaire mis en cause
Depuis 2025, plusieurs affaires de violences physiques et sexuelles impliquant des animateurs ont ébranlé ce système. En juin, la ville indiquait avoir suspendu 132 animateurs depuis le début de l'année, dont 52 pour des soupçons de violences sexuelles ou sexistes. Mercredi 7 octobre, la commission d'enquête du Sénat a entendu le directeur des ressources humaines de la ville et son ancienne secrétaire générale. La rapporteure Agnès Evren (LR) a cité un rapport d'inspection relevant, dans le recrutement des vacataires, des critères non objectifs et un défaut de contrôle des antécédents judiciaires. Le DRH assure que ces pratiques ont cessé et que le casier judiciaire et le fichier des auteurs d'infractions sexuelles sont vérifiés pour chaque équipe.
Une enquête de L'Express publiée mercredi revient sur 2013. Pour ouvrir les ateliers dès la première rentrée, alors que 83 % des communes avaient choisi d'attendre 2014, la ville avait créé 1 500 postes d'animateurs en quelques mois. Un ancien responsable syndical y décrit un « turn-over hallucinant ».
Ce que veulent les parents tirés au sort
Au printemps, le maire Emmanuel Grégoire a réuni une convention de parents d'élèves tirés au sort. Le 23 juin, 77 % des votants ont préconisé le retour à quatre jours, pour donner aux enfants des « repères stables », garder les mêmes équipes et développer les activités du mercredi. L'opposition de droite défend la même option.
Le maire se dit pour sa part favorable à un temps d'enseignement sur quatre jours et demi, organisé autrement. En juillet, il a annoncé vouloir revoir les rythmes d'ici à 2027. La mairie dit étudier plusieurs scénarios et prévoit de contractualiser 2 000 animateurs vacataires sur trois ans. Selon Emmanuel Grégoire, aucune réforme des rythmes ne pourra s'appliquer avant la rentrée 2027.
Ce que recommandent les chronobiologistes
En novembre 2025, la convention citoyenne nationale sur les temps de l'enfant, voulue par Emmanuel Macron, a adopté son rapport après avoir entendu des chronobiologistes qu'elle décrit comme « unanimes ». Selon elle, ni quatre jours ni quatre jours et demi ne respectent les rythmes biologiques de l'enfant, à cause de journées trop denses et irrégulières. Elle propose une semaine de cinq jours, qui demanderait des moyens importants aux communes.
Les arguments pour
- Supprimer les ateliers courts réduirait la dépendance aux vacataires Les ateliers du mardi et du vendredi mobilisent beaucoup d'adultes pour des créneaux d'une heure et demie, difficiles à pourvoir avec des contrats stables. Devant le Sénat, la rapporteure a évoqué 14 000 à 15 000 vacataires. En 2013, la création en urgence de 1 500 postes avait déjà provoqué un fort turn-over. Regrouper les activités le mercredi permettrait des journées de travail complètes et des équipes que les enfants connaissent.
- Une semaine régulière donne aux plus jeunes des repères stables Aujourd'hui, la classe ne finit pas à la même heure selon les jours, et l'enfant change d'adultes à 15 heures deux fois par semaine. Les parents tirés au sort estiment qu'une semaine de quatre journées identiques serait plus simple à vivre pour les enfants.
- Un mercredi entier permet des activités plus riches qu'un créneau de fin de journée Un atelier d'une heure et demie après la classe laisse peu de temps pour une sortie, un projet sportif ou une pratique artistique suivie. La convention parisienne juge qu'un mercredi libéré permettrait de proposer des activités plus développées, avec les mêmes animateurs d'une semaine à l'autre.
Les arguments contre
- Quatre jours de classe, ce sont des journées encore plus chargées Supprimer la matinée du mercredi concentre les heures de classe sur quatre journées. Or la convention nationale sur les temps de l'enfant, après avoir entendu des chronobiologistes, juge déjà les journées actuelles trop denses. Emmanuel Grégoire défend les quatre jours et demi en s'appuyant sur ces mêmes recommandations.
- Changer de calendrier ne corrige pas les failles du recrutement Les dysfonctionnements décrits au Sénat portent sur la façon d'embaucher et de contrôler les animateurs : recrutements entre connaissances, vérifications d'antécédents manquantes, pas de règle claire pour écarter un adulte qui crie ou menace un enfant. Avec quatre jours, la cantine, l'accueil du soir et le mercredi resteraient encadrés par des animateurs. La mairie mise d'ailleurs sur des contrats plus stables pour 2 000 vacataires.
- Des ateliers gratuits dans l'école sont plus accessibles qu'un mercredi à organiser Les ateliers du mardi et du vendredi se tiennent dans l'école, juste après la classe, et ne coûtent rien aux familles. Repoussées au mercredi, les activités ne se greffent plus sur la journée de classe et y participer dépend davantage de l'organisation des parents. La convention nationale insiste sur des activités accessibles à tous les enfants, indépendamment de leur milieu social.
Sources
- Périscolaire : recrutements, signalements, sanctions… La Ville de Paris sommée une nouvelle fois de s'expliquer, Public Sénat (2026)
- « Turn-over hallucinant » et profils douteux : la réforme de 2013 qui a fragilisé le périscolaire parisien, Orange Actualités (L'Express) (2026)
- Périscolaire à Paris : la convention citoyenne majoritairement favorable à la semaine de 4 jours, ICI (Radio France) (2026)
- Lancement d'une convention citoyenne à Paris sur fond de crise du périscolaire, Le Café pédagogique (2026)
- Rythmes scolaires : vers un nouveau chamboule-tout ?, Maire-info (2025)
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