Approuvez-vous l’obligation de se vacciner chaque année contre la grippe pour les soignants ?

· Santé

La campagne antigrippale du 13 octobre doit préparer l’obligation vaccinale des soignants, votée fin 2025 et dont les règles d’application sont attendues début 2027.

Mains gantées de bleu d’un soignant qui injecte un vaccin dans le haut du bras d’une personne
Photo : Mathurin Napoly (matnapo) / Unsplash, licence Unsplash (https://unsplash.com/photos/Ab4aZC723II) — recadrage 3:4

Le contexte

Dans les Ehpad, à peine un salarié sur cinq se fait vacciner contre la grippe : 21 % lors de la saison 2024-2025, alors que 82,7 % des résidents le sont, d’après la Haute Autorité de santé (HAS). À l’hôpital, la proportion tombe à 20 %. Ce chiffre ne bouge presque plus depuis des années, malgré les campagnes d’incitation.

L’hiver 2024-2025 a été rude : 92 000 hospitalisations et environ 17 000 décès en excès, neuf sur dix chez des personnes de 65 ans et plus. L’épidémie se concentre sur dix à douze semaines, pendant lesquelles les services saturent tous en même temps.

Ce qui a été voté

Le gouvernement voulait inscrire ce vaccin obligatoire, pour les soignants et pour les résidents d’Ehpad, dans le budget 2026 de la Sécurité sociale. Les députés ont rejeté l’article en novembre 2025, par 108 voix contre 95. Le Sénat a ensuite réintroduit une obligation pour les soignants. La loi promulguée le 30 décembre 2025 en pose la base légale, à condition que la HAS rende un avis favorable, et renvoie les modalités à un décret en Conseil d’État.

La HAS a donné son feu vert le 20 juillet 2026. Elle recommande une vaccination annuelle obligatoire pour tous les professionnels de santé, salariés ou libéraux, pour les autres personnels des établissements qui accueillent des personnes âgées lorsqu’ils côtoient des patients fragiles, et pour les étudiants en santé. Les Ehpad et les unités de soins de longue durée passeraient en premier, les autres structures sur deux ans, renouvelables un an. Les résidents ne seraient pas concernés : l’Ehpad est leur domicile, et la HAS préfère s’en tenir à la recommandation.

Où en est l’application

Aucun soignant ne peut encore être sanctionné pour un refus. Selon la Direction générale de la santé, la campagne qui s’ouvre le 13 octobre doit préparer l’obligation, dont le cadre réglementaire est attendu début 2027. Il reste à fixer les métiers visés, les justificatifs demandés et les contre-indications admises.

Pourquoi les experts se divisent

Les soignants doivent déjà être vaccinés contre l’hépatite B, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. La grippe est un cas à part : le vaccin change chaque année et son efficacité varie d’une saison à l’autre. La HAS reconnaît que l’effet de la vaccination des soignants sur la transmission aux patients n’est pas formellement établi, et son groupe de travail était très majoritairement défavorable à une obligation. Elle a pourtant retenu cette voie en citant la Finlande et les États-Unis, où plus de 90 % des soignants sont vaccinés depuis que le vaccin est exigé. Le Syndicat Liberté Santé, hostile à la mesure, dit avoir saisi le Conseil d’État contre cette recommandation.

Les arguments pour

  • Les résidents d’Ehpad sont mal protégés par leur propre vaccin Avec l’âge, le système immunitaire répond moins bien. Chez les 65 ans et plus, le vaccin n’a évité que 25 à 42 % des grippes confirmées selon les saisons, contre 41 à 76 % chez les adultes plus jeunes, d’après la HAS. Malgré 82,7 % de résidents vaccinés, les foyers de grippe restent fréquents en Ehpad. Vacciner les personnes qui les lavent, les nourrissent et les soignent chaque jour vise à réduire le risque qu’un soignant contaminé leur apporte le virus.
  • La simple recommandation plafonne à un soignant vacciné sur cinq Le vaccin est recommandé aux soignants depuis longtemps, mais la couverture stagne autour de 20 % à l’hôpital et de 21 % en Ehpad. En Finlande, elle est passée de 41 % en 2014 à plus de 90 % après une loi. Aux États-Unis, elle atteint 97,3 % dans les établissements qui l’exigent, contre 73,9 % là où il est seulement recommandé. Les campagnes d’incitation françaises n’ont pas réussi à faire bouger ce taux.
  • Moins de soignants en arrêt au pic de l’épidémie Une méta-analyse citée par la HAS relève 60 % de grippes en moins et 38 % d’absences liées à la grippe en moins chez les soignants vaccinés. L’épidémie tombe sur dix à douze semaines, quand les urgences et les Ehpad sont les plus chargés. Chaque arrêt oblige alors à appeler un intérimaire ou à reporter des soins, et la HAS mentionne des déprogrammations et des plans blancs liés à ces absences.

Les arguments contre

  • L’effet sur la santé des patients reste mal démontré Dans les essais où des établissements ont proposé le vaccin à leur personnel, la HAS relève « peu ou pas d’effet » sur les grippes confirmées des résidents, avec un niveau de preuve faible, et aucun effet net sur leurs hospitalisations pour infection respiratoire. Elle écrit que l’effet sur la transmission n’est pas formellement établi. Son propre groupe d’experts était très majoritairement opposé à l’obligation, notamment parce qu’il jugeait l’efficacité du vaccin insuffisante. Ces essais montrent bien une baisse de la mortalité toutes causes, mais la HAS note qu’elle n’est pas expliquée par les critères propres à la grippe.
  • Une contrainte de plus dans des Ehpad qui peinent à recruter La HAS constate des effectifs tendus en Ehpad et un recours croissant aux intérimaires et aux remplaçants. Les experts qu’elle a consultés craignaient des tensions sur le personnel et des difficultés pratiques, avec un vaccin à refaire chaque automne. En 2006, l’instance alors chargée de ces avis redoutait déjà une baisse d’adhésion et des certificats de complaisance. Aux États-Unis, la même analyse indique toutefois que moins de 0,2 % des soignants ont quitté leur poste après l’obligation.
  • Une injection imposée chaque année heurte le libre choix des soignants Contrairement aux vaccins déjà exigés, celui-ci devrait être refait tous les ans, avec une composition nouvelle. Lors du rejet de l’article en novembre 2025, des députés RN ont invoqué la liberté vaccinale, et des députés LFI ont demandé ce qu’il adviendrait des soignants qui refuseraient. Le Syndicat Liberté Santé défend le consentement libre et éclairé de chacun et conteste la recommandation devant le Conseil d’État.

Sources

Sondage clos le .

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