Approuvez-vous l'entrée de l'américain Nvidia au capital de Doctolib ?

· Santé

Nvidia a annoncé le 13 octobre à Paris une prise de participation minoritaire dans Doctolib, qui veut développer des assistants d'IA pour les patients et les soignants.

Une femme médecin en blouse blanche, stéthoscope autour du cou, consulte son smartphone d'un air perplexe
Photo : Fotos / Unsplash (licence Unsplash), recadrée

Le contexte

Prendre rendez-vous chez le médecin passe, pour des millions de patients, par Doctolib. Le 13 octobre, à Paris, le patron de Nvidia Jensen Huang a annoncé que le géant américain des puces entrait au capital de la plateforme. La participation est minoritaire, sans siège au conseil d'administration, et son montant reste confidentiel.

Doctolib revendique 100 millions de patients et 580 000 professionnels de santé dans cinq pays européens. L'entreprise a réalisé 422 millions d'euros de revenus en 2025, en hausse de 30 %, et se dit rentable. Elle valait 5,8 milliards d'euros en mars 2022, puis 3,6 milliards en avril 2025. « L'investissement de Nvidia nous permettra d'accélérer nos recrutements et nos développements en IA », explique son cofondateur Stanislas Niox-Château, qui veut « une IA souveraine, entraînée à partir de nos modèles et données ».

Un assistant santé dans la poche des patients

La feuille de route repose sur des assistants : un assistant personnel de santé pour les patients, qui répond à leurs questions médicales, et des outils pour les soignants, d'abord administratifs puis cliniques, présentés comme prioritaires pour 2027 et 2028. Doctolib utilise les technologies Nvidia depuis un an et prévoit de faire tourner ses modèles sur ses puces, avec des données hébergées en Europe. Depuis août 2025, un programme de recherche exploite les données de 50 millions d'utilisateurs français pour mieux les orienter dans le système de soins.

Jensen Huang présente l'opération comme un moyen d'« initier la révolution de l'intelligence artificielle en Europe » et dit avoir investi « au moins 8 milliards de dollars en Europe l'an dernier ». Nvidia a aussi annoncé des investissements dans trois autres start-up françaises, Genesis AI, Pigment et Entalpic. Sur X, Emmanuel Macron s'est félicité que « Nvidia investit dans des entreprises françaises ». Economie Matin rappelle que la plateforme a déjà été critiquée pour la sécurité de ses données, un sujet sensible quand il s'agit de santé.

Les arguments pour

  • Des moyens pour une IA médicale française face aux géants Doctolib veut entraîner ses propres modèles et recruter plus vite. Nvidia apporte la puissance de calcul, ses puces et des équipes d'experts. Sans cet appui, l'assistant santé promis pour 2027 risquerait d'arriver après ceux des grandes plateformes américaines, avec les données des patients français en moins.
  • Un actionnaire minoritaire sans siège, et des données qui restent en Europe Nvidia n'entre pas au conseil d'administration et la participation est minoritaire. Doctolib indique que ses données sont hébergées en Europe et que les modèles tourneront sur ses propres infrastructures. C'est un partenariat industriel, pas une prise de contrôle : l'entreprise garde la main sur ses choix.

Les arguments contre

  • La souveraineté promise repose sur un fournisseur américain Doctolib utilise déjà les technologies Nvidia depuis un an et fera tourner ses futurs modèles sur ses puces. Avec un actionnaire américain en plus, l'« IA souveraine » revendiquée dépend d'un seul groupe étranger pour le matériel, le savoir-faire et désormais une part du capital. Pour une plateforme qui gère les rendez-vous médicaux de millions de Français, cette dépendance interroge.
  • Un assistant qui répond à des questions médicales expose les patients aux erreurs L'assistant personnel annoncé doit répondre directement aux questions de santé des utilisateurs, et un programme de recherche exploite déjà les données de 50 millions de personnes. Economie Matin rappelle que Doctolib a été critiqué par le passé pour la sécurité de ses données. Accélérer avec l'argent d'un géant des puces, c'est aussi accélérer avant que ces garanties soient démontrées.

Sources

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