Faut-il rendre le Nutri-Score obligatoire sur les emballages alimentaires ?

· Santé

Une pétition pour rendre le Nutri-Score obligatoire, qui a dépassé 100 000 signatures, est examinée le 7 octobre par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Un sachet de muesli croustillant vendu en Allemagne, avec le logo Nutri-Score classé A imprimé en bas de l’emballage.
Riquix / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nutri-Score-Emblem-Knusperm%C3%BCsli.jpg — recadrage ; illustration.

Le contexte

Le Nutri-Score, ce logo qui classe les aliments de A, en vert, à E, en rouge, reste facultatif en France. Une pétition déposée le 20 novembre 2025 sur le site de l’Assemblée nationale, portée notamment par l’épidémiologiste Serge Hercberg, demande qu’il figure sur tous les emballages. Elle a franchi le cap des 100 000 signatures et la commission des affaires sociales l’a inscrite à sa réunion du 7 octobre. Un débat dans l’hémicycle n’est possible qu’à partir de 500 000 signatures.

Des députés de huit groupes, tous sauf le RN, l’UDR et LFI, ont aussi déposé des amendements au budget de la Sécurité sociale pour 2027 qui rendraient le logo obligatoire, sauf pour les produits sous appellation d’origine ou indication géographique protégée. La socialiste Sandrine Runel avait déposé dès le 27 mars une proposition de loi en ce sens, qui prévoit en plus le logo sur les publicités alimentaires et une contribution de 2 % du chiffre d’affaires pour les entreprises qui ne l’afficheraient pas. L’an dernier, lors du budget de la Sécurité sociale pour 2026, une mesure proche avait été adoptée en première lecture avant d’être écartée en seconde lecture.

Ce que disent les chiffres

Selon Santé publique France, plus de 1 500 entreprises et marques utilisaient le logo en janvier 2026, soit l’équivalent de plus de 60 % du marché alimentaire. L’agence indique que 99 % des Français le connaissent et que 68 % de ceux qui le connaissent disent en tenir compte dans leurs achats. Une étude menée avec l’Inrae sur près de 28 000 produits vendus en ligne entre 2020 et 2023 conclut qu’un meilleur score n’implique pas forcément un prix plus élevé : pour les yaourts aromatisés ou certaines sauces, les produits notés A ou B coûtaient moins cher que ceux notés D ou E.

Une partie des industriels s’en détourne. Le calcul a été durci, et officialisé en France par un arrêté du 14 mars 2025 : il note plus sévèrement les boissons lactées, les produits sucrés ou avec édulcorants. UFC-Que Choisir relève que des marques comme Danette, Justin Bridou ou Cacolac ont retiré le logo, et compte 86 entreprises qui l’ont enlevé d’au moins une marque en un an, contre 216 qui l’ont adopté ou étendu.

Le verrou européen

L’étiquetage alimentaire est encadré par un règlement européen de 2011. Saisi par Lactalis, qui conteste notamment le classement des laits parmi les boissons dans le nouveau calcul, le Conseil d’État a renvoyé le 16 juin 2026 deux questions à la Cour de justice de l’Union européenne sur ce que ce règlement permet aux États de recommander. Interrogés par l’AFP en septembre, Nestlé et Mars disent préférer un système harmonisé dans toute l’Union, tandis que l’Ania, qui représente les industries alimentaires, défend un affichage volontaire.

Les arguments pour

  • Tous les produits d’un même rayon pourraient être comparés sur la même échelle Le logo ne couvre aujourd’hui qu’un peu plus de 60 % du marché alimentaire, selon Santé publique France. Dans un rayon, un paquet noté peut donc côtoyer un concurrent sans aucune note, et le client ne peut pas comparer les deux d’un coup d’œil. L’obligation placerait toutes les marques sur la même échelle, y compris celles qui choisissent aujourd’hui de ne rien afficher.
  • Une marque ne pourrait plus retirer le logo quand sa note se dégrade Avec un affichage volontaire, une entreprise peut montrer un bon score et taire un mauvais. UFC-Que Choisir relie le retrait du logo par des marques comme Danette, Justin Bridou ou Cacolac au durcissement du calcul, plus sévère pour les produits sucrés, les édulcorants et certaines boissons lactées. Le logo tend ainsi à disparaître sur les produits les moins bien classés, là où l’information serait la plus utile.
  • Choisir un produit mieux noté ne coûte pas forcément plus cher Santé publique France et l’Inrae ont comparé les prix de près de 28 000 produits vendus en ligne entre 2020 et 2023. Pour les yaourts aromatisés, les fromages blancs ou certaines sauces, les produits notés A ou B étaient même moins chers que ceux notés D ou E. Généraliser le logo aiderait donc aussi les ménages au budget serré à repérer une meilleure option sans payer davantage.

Les arguments contre

  • L’obligation reposerait sur une base juridique encore incertaine en droit européen L’étiquetage des aliments relève d’un règlement européen de 2011. Le Conseil d’État a sursis à statuer sur le recours de Lactalis et attend que la Cour de justice de l’Union européenne précise ce que ce règlement permet aux États de recommander, alors que le logo n’est aujourd’hui que facultatif. Imposer le Nutri-Score avant cette réponse exposerait les fabricants à refaire leurs emballages pour une règle qui pourrait être remise en cause.
  • Une règle propre à la France compliquerait les emballages vendus dans toute l’Europe Kellanov, qui fabrique les céréales Kellogg’s, a justifié son retrait par les difficultés logistiques de boîtes multilingues, selon UFC-Que Choisir. Une obligation nationale imposerait des emballages spécifiques au marché français. Nestlé se dit favorable à un affichage obligatoire à condition qu’il soit harmonisé à l’échelle européenne, et Mars défend aussi un système commun à l’Union.

Sources

Sondage clos le .

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