Accepteriez-vous l'ouverture d'une mine de lithium près de chez vous ?
· Environnement et énergie
Le 9 octobre, la Commission européenne a désigné 46 nouveaux projets stratégiques de matières premières critiques, dont six impliquant la France.
Le contexte
À Échassières, dans l'Allier, Imerys veut extraire du lithium sous une carrière de kaolin qu'il exploite depuis 2005. En 2024, le groupe annonçait une production à partir de 2028, pendant au moins vingt-cinq ans, de quoi fournir les batteries de 700 000 voitures électriques par an. Le préfet évoquait alors environ 1 000 emplois directs et indirects.
Ce type de projet a le soutien affiché de Bruxelles. Le 9 octobre, la Commission européenne a retenu 46 nouveaux projets stratégiques dans seize pays, dont six impliquent la France, parmi lesquels Lithium de France en Alsace. Ils s'ajoutent à ceux choisis en 2025. L'Union veut qu'aucun pays tiers ne lui fournisse plus de 65 % d'un matériau donné et extraire elle-même au moins 10 % de ce qu'elle consomme d'ici 2030, selon Economie Matin.
Le statut stratégique promet des autorisations plus rapides, 27 mois au maximum pour une mine et 15 mois pour les autres projets. Il ne dispense ni d'étude d'impact, ni de consultation du public.
Ce qui inquiète les riverains
Dans l'Allier, l'association Préservons la forêt des Colettes redoutait dès 2024 une baisse de la nappe phréatique, une forte consommation d'eau et des pollutions, dans un territoire qui vit d'agriculture et de tourisme. Imerys répondait qu'il surveillerait les eaux souterraines et ne forerait pas sous la forêt. Dans le Puy-de-Dôme, trois communes avaient voté contre un projet d'exploration de lithium.
Le soutien européen ne garantit pas non plus la réussite. Viridian Lithium, en Alsace, a été liquidé en mars 2026 malgré son statut stratégique. « Si personne n'achète sa production, elle fermera », a résumé Stéphane Séjourné, cité par Economie Matin.
Les arguments pour
- Moins dépendre de la Chine pour les batteries de nos voitures L'Union veut qu'aucun pays tiers ne lui fournisse plus de 65 % d'un métal stratégique d'ici 2030, alors que la Chine restreint déjà certaines exportations. Sans mines en Europe, l'approvisionnement des batteries reste suspendu aux décisions de Pékin.
- Des emplois industriels dans des territoires ruraux Pour le seul projet d'Imerys dans l'Allier, le préfet évoquait environ 1 000 emplois directs et indirects. Il y voyait un moyen d'ancrer l'économie du département et de réindustrialiser, pour au moins vingt-cinq ans d'exploitation.
- Mieux vaut extraire sous des règles françaises qu'importer d'ailleurs Le statut stratégique ne dispense ni d'étude d'impact ni de consultation du public. Refuser une mine en France ne fait pas disparaître le besoin de lithium : il faut alors l'importer, sans aucune prise sur la façon dont il a été extrait.
Les arguments contre
- L'eau et la forêt en paieraient le prix Dans l'Allier, des riverains craignent une baisse de la nappe phréatique, une forte consommation d'eau et des pollutions, dans un territoire qui vit d'agriculture et de tourisme. L'association locale conteste aussi l'intérêt de sacrifier une forêt pour fabriquer des SUV électriques.
- Un pari économique qui peut laisser un site abîmé sans emplois Viridian Lithium a été liquidé en mars 2026 malgré son statut de projet stratégique, et Stéphane Séjourné reconnaît qu'une usine dont personne n'achète la production fermera. Les riverains supporteraient alors les nuisances sans bénéficier des emplois promis.
Sources
- Terres rares : l'UE accélère 46 projets pour réduire sa dépendance à la Chine, Economie Matin (2026)
- Matières premières stratégiques : l'UE choisit 6 nouveaux projets en France, les voici, Presse-citron (2026)
- Dans le Massif central, la course au lithium suscite le débat (AFP), L'info durable (2024)
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