Faut-il financer du matériel aux agriculteurs de Mayotte pour qu'ils renoncent au brûlis ?

· Environnement et énergie

Près de 30 hectares de végétation avaient brûlé à Mayotte le 3 novembre, et selon un officier des pompiers, 80 % des feux récents viennent du brûlis, pourtant interdit.

Gros plan sur un sol noirci et des morceaux de bois calcinés après un feu.
engin akyurt / Unsplash (licence Unsplash), lieu non précisé, recadrage 3:4

Le contexte

Depuis le samedi 31 octobre, une soixantaine de pompiers sont engagés contre des feux de végétation à Mayotte, rapportait l'AFP le 3 novembre. Quatorze feux de végétation ont été recensés le dimanche, et près de 30 hectares avaient déjà brûlé à cette date, une estimation susceptible d'augmenter encore selon le lieutenant des pompiers Abdou Maoulida. En 2025, année record selon la préfecture, 288 hectares étaient partis en fumée.

Selon cet officier, 80 % des feux récents sont dus au brûlis, une pratique agricole interdite qui consiste à mettre le feu à une parcelle pour la nettoyer. Selon la préfecture, le cyclone Chido, fin 2024, a endommagé environ 85 % des forêts publiques et laissé une grande quantité de bois mort qui favorise les incendies.

Sanctionner ou aider

La loi prévoit des poursuites, mais pour le lieutenant Maoulida, les arrestations ne suffisent pas face à l'ampleur des feux. L'agriculteur Antoy Abdallah réclame plutôt de s'attaquer au manque d'alternatives : beaucoup d'agriculteurs n'ont pas les moyens d'acheter du matériel, et peu de parcelles sont accessibles aux véhicules, explique-t-il à l'AFP. Selon le colonel Patrick Clerc, directeur des pompiers de Mayotte, la prévention des conséquences du brûlis doit être au cœur d'une sous-commission des feux de forêt créée cette année et pilotée par le préfet.

Les arguments pour

  • Les arrestations n'arrêtent pas les feux Le brûlis est interdit et passible de poursuites, mais il reste à l'origine de 80 % des feux récents, selon le lieutenant Abdou Maoulida, qui juge les interpellations insuffisantes face à l'ampleur des feux. Malgré les campagnes de sensibilisation, cette pratique continue de provoquer de nombreux incendies, note Mayotte Hebdo.
  • Sans matériel, beaucoup d'agriculteurs n'ont pas d'autre moyen de nettoyer leurs parcelles Antoy Abdallah, agriculteur à Kani-Kéli, explique que beaucoup d'exploitants n'ont ni l'argent ni les papiers nécessaires pour acheter du matériel, et que très peu d'exploitations sont accessibles aux véhicules. Il demande de s'attaquer à ce manque d'alternatives au brûlis.

Les arguments contre

  • Financer ceux qui pratiquent le brûlis serait injuste envers les agriculteurs qui respectent l'interdiction Le brûlis est interdit et la loi prévoit des poursuites. Aider à s'équiper ceux qui y ont recours désavantagerait les agriculteurs qui respectent déjà la règle.
  • Les moyens publics devraient aller en priorité aux secours Le lieutenant Maoulida plaide pour plus de moyens humains : « En ce moment, les pompiers souffrent », dit-il. En juillet, Mayotte Hebdo relevait déjà l'absence de moyens aériens et la rareté des bouches d'incendie dans plusieurs villages.

Sources

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