Approuvez-vous les restrictions imposées par Marseille aux locations touristiques de type Airbnb ?

· Société

Marseille annonce que le nombre de meublés touristiques est passé de 13 000 à 11 000 entre 2024 et 2025, après le durcissement de ses règles de location.

Deux boîtes à clés grises fixées sur un pilier en briques, à côté de la porte d'un immeuble.
Photo : Jistrum / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 (« Boîtes à clés 01.jpg », 2022, lieu non précisé), recadrée en 3:4

Le contexte

Mercredi 7 octobre, sur une place du Panier, des employés municipaux ont brisé les boîtes à clés accrochées aux barrières, celles qui permettent aux voyageurs de récupérer les clés d'un logement loué en ligne. Le même jour, la mairie de Marseille a présenté un premier bilan de sa politique. Selon Audrey Garino, adjointe au logement, l'offre de meublés touristiques a baissé de 16 % entre 2024 et 2025, de 13 000 à 11 000 logements. Dans le Panier, le recul atteint 35 %.

Ce que la ville impose aux propriétaires

Depuis le 29 avril 2025, louer à des touristes un logement qui n'est pas sa résidence principale exige une autorisation, accordée seulement contre une compensation. Le propriétaire doit transformer en habitation, au même moment, un local qui avait un autre usage, un ancien commerce par exemple, de surface et de qualité équivalentes. La règle vaut dès le premier logement.

Pour les résidences principales, le plafond est passé de 120 à 90 jours de location par an le 1er janvier 2026, comme l'autorise une loi du 19 novembre 2024. Un dépassement expose à une amende civile de 10 000 euros, une transformation sans autorisation à 100 000 euros par logement. Fin septembre, un multipropriétaire qui avait converti sans autorisation un petit immeuble du Panier et un appartement du centre-ville a été condamné à 440 000 euros d'amendes.

Ce que la mairie cherche à corriger

La ville met en avant une hausse de 73 % des annonces entre 2020 et 2023 et 54 000 demandes de logement social en attente. En 2024, selon son avocat, les meublés touristiques représentaient jusqu'à 11 % des logements dans certains arrondissements, et plus de 6 000 étaient exploités illégalement. Les sommes en jeu sont élevées. Dans un dossier plaidé en juillet 2026, la ville a estimé à plus de 500 000 euros en quatre ans les recettes Airbnb d'un appartement de 107 m², contre 86 000 euros pour une location classique sur la même période.

Ce que répondent Airbnb et l'opposition

Airbnb dénonce une mesure « purement politique ». D'après ses données de 2023, près de 9 annonces sur 10 à Marseille étaient des chambres chez l'habitant ou des logements loués moins de 120 jours, et les locations dédiées ne pèseraient que 0,3 % du parc. La plateforme attribue la crise du logement au manque de constructions neuves et aux logements vacants. Au conseil municipal, l'élu d'opposition Lionel Royer-Perreaut (Renaissance) a qualifié la limite de 90 jours de « confiscatoire » lors de son adoption, en avril 2025.

Les arguments pour

  • Louer aux touristes rapporte tant que des logements quittent le marché locatif Dans un dossier plaidé en 2026, la ville a estimé à plus de 500 000 euros en quatre ans les recettes Airbnb d'un appartement de 107 m², contre 86 000 euros en location classique. Avec un tel écart, un investisseur a peu d'intérêt à louer à une famille. Les règles marseillaises rendent cette conversion plus difficile dans une ville où 54 000 demandes de logement social sont en attente.
  • La compensation empêche de vider un immeuble sans recréer de logements Depuis avril 2025, chaque logement réservé aux touristes doit être compensé par un local transformé en habitation, de surface et de qualité équivalentes. Un investisseur ne peut plus aligner les appartements loués à la nuit pendant que le parc habitable de la ville se réduit. Fin septembre, un multipropriétaire qui avait converti un petit immeuble entier du Panier a été condamné à 440 000 euros d'amendes.
  • Les contrôles font déjà reculer l'offre dans les quartiers saturés Selon la mairie, le nombre de meublés touristiques a baissé de 16 % entre 2024 et 2025, et de 35 % au Panier, après une hausse de 73 % entre 2020 et 2023. Ce recul a suivi l'entrée en vigueur de la compensation, la multiplication des contrôles et les premières condamnations. Le chiffre est municipal, mais il rompt avec la progression observée avant ces règles.

Les arguments contre

  • Des habitants perdent un revenu d'appoint en louant leur propre logement Le plafond de 90 jours touche des Marseillais qui louent leur résidence principale pendant leurs vacances ou leurs déplacements. Pour Airbnb, la mairie pénalise des familles qui comptent sur ces revenus pour leur pouvoir d'achat. La plateforme affirme que près de 9 annonces sur 10 étaient des chambres chez l'habitant ou des logements loués moins de 120 jours par an.
  • Raccourcir la location d'une résidence principale ne libère aucun logement Un appartement où son propriétaire vit la plus grande partie de l'année ne sera pas proposé à un locataire, qu'il soit loué 120 ou 90 nuits aux touristes. Passer à 90 jours réduit le revenu du propriétaire sans ajouter un seul logement disponible. L'élu d'opposition Lionel Royer-Perreaut a jugé mensonger de laisser croire que la mesure mettrait sur le marché des logements qui n'y sont pas.
  • Moins de visiteurs hébergés, c'est moins de clients pour les commerces Selon Airbnb, 800 000 voyageurs ont séjourné dans des locations de courte durée à Marseille en 2023, avec 465 millions d'euros de retombées et 4,2 millions d'euros de taxe de séjour versés à la ville. Ces estimations viennent de la plateforme, et une partie des visiteurs peut se reporter vers les hôtels. Elles donnent pourtant un ordre de grandeur de l'activité en jeu pour les restaurants et les boutiques de quartier.

Sources

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