Emmanuel Macron a-t-il eu raison de refuser la démission de Laurent Nuñez ?

· Politique et démocratie

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a indiqué le 19 octobre sur France Inter avoir remis sa démission après les violences du 17 octobre ; Emmanuel Macron l'a refusée, en invoquant la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre.

Des policiers casqués de dos, en tenue de maintien de l'ordre, dans une rue
Photo Pierre Herman, Unsplash (licence Unsplash), Montpellier ; recadrée en 3:4

Le contexte

« J'ai remis ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe », a déclaré Laurent Nuñez le lundi 19 octobre sur France Inter. Le ministre de l'Intérieur a reconnu une perte de contrôle : « Oui nous avons perdu le contrôle dans certaines grandes villes », avec « en partie un manque d'anticipation sur les forces disponibles ». Il a expliqué que « la participation était supérieure, des pilleurs se sont greffés aux manifestations », alors que « 60.000 membres des forces de l'ordre avaient été déployés sur toute la France samedi ».

Emmanuel Macron a refusé ce départ au nom « de la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel », rapporte LCP. Selon Entrevue, l'Élysée a aussi demandé au ministre de déployer rapidement de nouvelles méthodes d'intervention contre les casseurs.

Énarque entré au ministère de l'Intérieur en 1999, Laurent Nuñez a été préfet de police des Bouches-du-Rhône de 2015 à 2017, puis préfet de police de Paris, nommé par Emmanuel Macron en 2022.

Qui réclame son départ

Dimanche 18 octobre, deux candidates à la présidentielle, Marine Le Pen pour le RN et Marine Tondelier pour les Écologistes, ont appelé à sa démission, indique Sud Radio, alors que des pillages continuaient dans plusieurs villes dont Paris, Marseille et Lyon.

Les arguments pour

  • Changer de ministre de l'Intérieur en pleine crise, c'est casser la chaîne de commandement au pire moment L'Élysée a motivé le refus par la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel : dimanche encore, des pillages se poursuivaient à Paris, Marseille et Lyon. Un nouveau ministre devrait découvrir le dispositif alors que les décisions se prennent heure par heure.
  • Un ministre qui reconnaît ses erreurs et connaît les rouages de la police est mieux placé pour corriger le tir Laurent Nuñez a admis publiquement la perte de contrôle et le manque d'anticipation, et l'Élysée lui a demandé de déployer rapidement de nouvelles méthodes contre les casseurs. Ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône puis de Paris, entré au ministère en 1999, il connaît les rouages du maintien de l'ordre mieux qu'un remplaçant arrivé en urgence.

Les arguments contre

  • Quand le ministre reconnaît lui-même avoir perdu le contrôle, le refus de sa démission vide la responsabilité de son sens Laurent Nuñez a dit être responsable de tout ce qui se passe et a jugé normal de remettre sa démission vu les dégâts. En la refusant, le président fait de cette responsabilité une formule sans conséquence. Deux candidates à la présidentielle, Marine Le Pen et Marine Tondelier, réclament au contraire son départ.
  • Un ministre de l'Intérieur fragilisé affaiblit l'autorité de l'État face aux prochaines manifestations Des pillages se poursuivaient encore dimanche dans plusieurs villes, la veille de l'interview où le ministre a reconnu avoir perdu le contrôle, et un dispositif de 60 000 membres des forces de l'ordre n'a pas suffi. Garder à l'Intérieur un ministre qui a lui-même offert son départ envoie aux casseurs comme aux policiers le message d'un responsable en sursis.

Sources

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