Approuvez-vous le « leasing social » des pompes à chaleur pour les ménages modestes ?

· Environnement et énergie

Depuis le 1er octobre, les propriétaires modestes chauffés au gaz ou au fioul peuvent précommander une pompe à chaleur clé en main, avec une mensualité plafonnée au niveau de leur ancienne dépense d’énergie.

Pompe à chaleur air/eau grise installée contre la façade blanche d’une maison, au-dessus d’une allée pavée.
Photo : alpha innotec (fabricant de pompes à chaleur) / Unsplash, licence Unsplash – unsplash.com/photos/kblddocwPa0 – recadrée en 3:4

Le contexte

Le gouvernement a présenté le 30 septembre les six groupements retenus pour son « offre intégrée » de pompes à chaleur, rapidement surnommée leasing social du chauffage. Les précommandes sont ouvertes depuis le 1er octobre et les premières installations sont prévues en novembre. Parmi les lauréats figurent IZI by EDF, Engie avec Hello Watt, Octopus Energy avec Effy et Sonepar avec TotalEnergies.

Ce que comprend l’offre

Le dispositif s’adresse aux propriétaires d’une maison individuelle aux revenus modestes ou très modestes, selon les barèmes de l’Anah, qui remplacent une chaudière au gaz, au fioul ou au charbon. Pour une seule mensualité, l’opérateur fournit une pompe à chaleur air/eau fabriquée en France ou en Europe, l’électricité à prix fixe pendant trois ans, l’entretien, le pilotage de l’appareil et le financement du reste à charge.

La règle centrale porte sur le budget du ménage : la mensualité globale, qui additionne remboursement, électricité et maintenance, doit être inférieure ou égale à sa dépense mensuelle d’énergie avant les travaux. Le reste à charge doit en principe être remboursé en trois ans, cinq ans au maximum. Les offres prévoient des contrôles sur site pour 70 % des installations, afin de vérifier l’équipement et la qualité de la pose.

Qui finance l’aide

L’aide atteint 9 800 euros en moyenne par ménage et n’est pas cumulable avec MaPrimeRénov’. Elle ne passe pas par le budget de l’État : elle s’appuie sur les certificats d’économies d’énergie (CEE), que les fournisseurs d’énergie doivent financer et dont le coût se retrouve dans les prix. Selon la Cour des comptes, chaque ménage avait ainsi contribué à hauteur de 164 euros au dispositif des CEE en 2023, à travers ses factures d’énergie et ses pleins de carburant.

L’objectif affiché est de 55 000 pompes à chaleur. Une nouvelle sélection d’opérateurs est prévue à partir du 1er janvier 2027.

Promesses et réserves

Le gouvernement attribue à la pompe à chaleur un rendement près de trois fois supérieur à celui d’une chaudière fossile et évoque une facture de chauffage divisée par deux, soit 800 à 2 000 euros d’économies par an pour une maison de 100 m² selon le prix du gaz. Ce sont des estimations officielles, pas des résultats mesurés chez les premiers ménages équipés. Le prix repère du gaz naturel a augmenté de 6,3 % au 1er octobre.

L’UFC-Que Choisir regrette que l’installation ne soit pas conditionnée à une bonne isolation du logement, un point laissé à l’appréciation de l’opérateur, et se dit vigilante sur d’éventuels frais liés au contrat d’électricité inclus dans l’offre. Dans son rapport de 2024, la Cour des comptes estimait par ailleurs que les économies d’énergie affichées grâce aux CEE étaient surévaluées d’au moins 30 %.

Les arguments pour

  • La mensualité ne peut pas dépasser l’ancienne facture d’énergie Même avec des aides, le prix d’une pompe à chaleur bloque beaucoup de ménages modestes. Ici, remboursement, électricité et entretien sont regroupés dans une mensualité qui doit rester inférieure ou égale à ce que le foyer dépensait chaque mois en énergie avant les travaux. L’électricité est en outre facturée à prix fixe pendant trois ans, ce qui protège ces ménages d’une hausse des tarifs pendant la période de remboursement.
  • Une fois l’appareil remboursé, le chauffage coûte nettement moins cher Le reste à charge doit être soldé en trois ans en principe, cinq au maximum. Le ménage garde ensuite la différence entre son ancienne dépense et sa nouvelle facture. Le gouvernement l’estime à 800 à 2 000 euros par an pour une maison de 100 m² selon le prix du gaz : une estimation, qui dépendra du logement. Le prix repère du gaz a encore augmenté de 6,3 % au 1er octobre, ce qui renchérit le maintien d’une chaudière.
  • Des milliers de maisons cesseraient de se chauffer au gaz ou au fioul Le dispositif ne finance que le remplacement d’une chaudière au gaz, au fioul ou au charbon. Une pompe à chaleur air/eau puise l’essentiel de sa chaleur dans l’air extérieur et fonctionne à l’électricité ; le gouvernement lui attribue un rendement près de trois fois supérieur à celui d’une chaudière fossile. Avec l’objectif de 55 000 installations, autant de maisons cesseraient de brûler du combustible fossile pour se chauffer.

Les arguments contre

  • Tous les consommateurs paient, mais seuls des propriétaires de maison en profitent L’aide moyenne de 9 800 euros repose sur les certificats d’économies d’énergie, dont le coût est répercuté sur les prix de l’énergie et du carburant : 164 euros par ménage en 2023 pour l’ensemble du dispositif, selon la Cour des comptes. Les locataires et les habitants d’un appartement, y compris aux revenus modestes, contribuent à ce mécanisme sans pouvoir accéder à l’offre, réservée aux propriétaires d’une maison individuelle.
  • Dans une maison mal isolée, les économies promises peuvent ne pas suivre Une maison qui perd beaucoup de chaleur réclame plus d’énergie, quel que soit l’appareil. L’UFC-Que Choisir regrette que l’installation ne soit pas conditionnée à une bonne isolation et que ce point soit laissé à l’appréciation de l’opérateur, qui vend aussi la pompe à chaleur et l’électricité. L’association reste aussi prudente sur les frais que pourrait entraîner le contrat d’électricité intégré à l’offre.
  • Le financement repose sur un mécanisme jugé peu fiable par la Cour des comptes En 2024, la Cour des comptes estimait que les économies d’énergie affichées grâce aux CEE étaient surévaluées d’au moins 30 % et qu’un tiers des opérations contrôlées sur site présentaient encore des anomalies. Elle appelait à réformer en profondeur ce dispositif « complexe et coûteux ». Y adosser une aide moyenne de 9 800 euros par foyer revient à s’appuyer sur un outil dont les résultats restent incertains.

Sources

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