Laurent Nuñez doit-il quitter le ministère de l'Intérieur après les violences du 17 octobre ?
· Politique et démocratie
Entendu le 3 novembre par la commission d'enquête de l'Assemblée, Laurent Nuñez a qualifié d'échec la journée du 17 octobre et dit en porter la responsabilité.
Le contexte
Le samedi 17 octobre, une journée de mobilisation sociale a tourné aux violences et aux pillages de commerces dans plusieurs grandes villes. Laurent Nuñez a alors présenté sa démission. Emmanuel Macron l'a refusée, en invoquant « la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel ».
Le ministre de l'Intérieur avait reconnu sur France Inter : « Oui, samedi, dans certaines grandes villes, on a perdu le contrôle. » Le président, de son côté, pointait « les défaillances d'anticipation et de renseignements ».
Ce qu'il a dit aux députés
Le mardi 3 novembre, Laurent Nuñez a été le premier auditionné par la commission d'enquête créée à l'Assemblée nationale après ces violences. « Je le redis, le bilan de la journée du 17 octobre est un échec », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « Il y a eu un défaut d'anticipation qui est d'abord le mien. » Il dit avoir été informé à l'avance par le renseignement, notamment par une note des services territoriaux datée du 15 octobre. Selon lui, la simultanéité des risques n'avait pas été assez anticipée, et elle a été prise en compte pour la manifestation du 24 octobre.
Les réactions politiques
Dès le lendemain des violences, l'écologiste Marine Tondelier estimait qu'il n'y avait « pas d'autre issue » que sa démission. L'insoumis Éric Coquerel a écrit que « le ministre Nuñez doit démissionner », et le député Franck Allisio (RN) l'a jugé « complètement dépassé et incompétent ». Le socialiste Olivier Faure, lui, ne réclamait pas son départ mais demandait, dans Le Parisien, de revoir la doctrine de maintien de l'ordre.
La journée du 5 novembre
Le 4 novembre au soir, avant la journée de grève et de manifestations du 5 novembre, le ministre a annoncé la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes et promis « une réponse d'une extrême fermeté » aux éventuels débordements.
Les arguments pour
- Il était prévenu du risque et n'a pas su l'anticiper Laurent Nuñez dit lui-même avoir été informé par le renseignement, notamment par une note du 15 octobre. Il reconnaît pourtant un défaut d'anticipation « qui est d'abord le mien ». Pour l'insoumis Éric Coquerel comme pour le député RN Franck Allisio, qui le juge « complètement dépassé et incompétent », il doit partir.
- Se dire responsable sans en tirer les conséquences n'a pas de sens Devant les députés, il a affirmé qu'un ministre de l'Intérieur « est responsable par principe » quand les troubles sont aussi graves. Dès le 18 octobre, Marine Tondelier jugeait qu'il n'y avait « pas d'autre issue » que sa démission. Pour ceux qui la réclament, assumer cette responsabilité suppose de quitter le poste.
Les arguments contre
- Changer de ministre en pleine série de manifestations fragiliserait le commandement C'est la raison donnée par l'Élysée pour refuser sa démission : la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre. Après le 17 et le 24 octobre, une nouvelle journée de grève et de manifestations a eu lieu le 5 novembre, pour laquelle 70 000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés.
- Les leçons du 17 octobre ont déjà servi pour les manifestations suivantes Selon le ministre, le risque d'événements simultanés, mal anticipé le 17 octobre, a été largement pris en compte pour la manifestation du 24 octobre. Il cite des dispositifs déjà adaptés : pré-positionnement des forces, contrôles de flux, parcours négociés hors des centres-villes.
Sources
- 17 octobre : Laurent Nuñez reconnaît « un échec » et « un défaut d'anticipation », LCP (2026)
- « Il n'y a pas d'autre issue que sa démission » : Laurent Nuñez sous le feu des critiques, LCP (2026)
- Emmanuel Macron refuse la démission du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, Euronews (2026)
- La grogne sociale monte d'un cran : grève et manifestations partout en France, Sud Radio (AFP) (2026)
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