Un juge doit-il pouvoir retirer à un bébé le prénom choisi par ses parents ?
· Société
Au Pérou, un candidat prénommé Hitler Mussolini vient d'être élu maire ; en France, un juge peut supprimer un prénom jugé contraire à l'intérêt de l'enfant.
Le contexte
Il s'appelle Hitler Mussolini Simeón Flores, il a 45 ans, et il vient d'être élu maire de Queropalca, un district d'environ 730 habitants au Pérou, avec 229 voix, rapporte Euronews le 9 octobre. Il n'est pas le premier élu péruvien à porter ce prénom : un ancien maire de Yungar, Hitler Alba, faisait campagne en se présentant comme « le bon Hitler ».
En France, il n'existe plus de liste de prénoms autorisés et les parents choisissent librement. Mais l'officier d'état civil peut alerter le procureur s'il juge un prénom contraire à l'intérêt de l'enfant. Le procureur peut alors demander à un tribunal de le supprimer, en vertu de l'article 57 du Code civil.
Nutella, Fraise et Titeuf
Les juges tranchent au cas par cas. En 2015, le tribunal de Valenciennes a refusé « Nutella », nom commercial d'une pâte à tartiner, et rebaptisé l'enfant Ella, lors d'une audience à laquelle les parents n'étaient pas présents. Il a aussi écarté « Fraise », par crainte des moqueries, au profit de « Fraisine », un prénom ancien.
En 2012, la Cour de cassation a validé la suppression du prénom « Titeuf » qu'un père avait donné à son fils, en laissant les juges apprécier seuls ce qui est contraire à l'intérêt de l'enfant. Le garçon s'appelle désormais Grégory.
Les arguments pour
- Protéger l'enfant de moqueries qui peuvent durer toute sa vie Le tribunal de Valenciennes a refusé « Nutella » et « Fraise » parce que ces prénoms risquaient d'attirer les moqueries, avec des expressions comme « ramène ta fraise ». Un enfant porte son prénom à l'école, au travail, sur tous ses papiers.
- Le bébé ne peut pas se défendre contre le choix de ses parents Le critère retenu par la loi n'est pas le goût des parents mais l'intérêt de l'enfant. Le procureur et le juge sont les seuls à pouvoir le défendre au moment où le prénom est choisi, puisque l'enfant n'a pas son mot à dire.
- Certains prénoms obligent à se justifier toute sa vie Au Pérou, l'ancien maire Hitler Alba devait se présenter comme « le bon Hitler » ; son père, explique-t-il, ignorait l'histoire du dictateur nazi. Un prénom lourd de sens finit par résumer la personne aux yeux des autres.
Les arguments contre
- Le prénom de l'enfant regarde ses parents, pas l'État La France a abandonné les listes de prénoms autorisés pour laisser les familles choisir librement. Les parents connaissent leur histoire, leur culture et leurs raisons : un juge qui ne les a parfois jamais vus n'a pas à décider à leur place.
- Ce qui est ridicule reste une affaire de goût Pour « Titeuf », la Cour de cassation a laissé l'appréciation aux seuls juges du fond, sans critère précis. « Fraise » a été refusé mais « Fraisine » accepté : la frontière dépend du regard d'un tribunal, et l'audience sur « Nutella » s'est tenue sans les parents.
Sources
- Le candidat de gauche Hitler Mussolini remporte un scrutin local au Pérou, Euronews (2026)
- « Nutella » et « Fraise » : des prénoms refusés par un tribunal français, DH (2015)
- Choix du prénom de l'enfant : appréciation souveraine du juge, Le Monde du droit (2012)
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