Une journée où les femmes arrêtent tout est-elle un bon moyen de faire avancer l'égalité ?

· Société

Le 13 octobre, le collectif World With Women a appelé les femmes à cesser toute activité professionnelle et domestique pendant une journée, dans une trentaine de villes françaises et une vingtaine de pays.

Salle de classe d'école primaire vide, avec ses tables, ses chaises et un tableau vert
Photo : Nathan Cima / Unsplash (licence Unsplash), école en Allemagne, recadrée

Le contexte

Mardi 13 octobre, des écoles ont fermé faute d'enseignantes et de personnel de cantine, des crèches ont tourné en mode réduit, des services hospitaliers et des maisons de retraite ont dû se réorganiser. C'était le but de la journée « On arrête tout » : montrer ce qui se passe quand les femmes s'arrêtent. Le collectif World With Women, né au printemps 2026 lors du congrès Change Now à Paris, leur demandait de poser un jour de congé, de cesser toute activité professionnelle et domestique, de ne pas s'occuper des enfants ni des personnes âgées et de ne rien consommer. Des rassemblements de quelques centaines de participantes ont eu lieu à Toulouse, Grenoble et Rennes.

Le modèle islandais

Sa fondatrice, l'ancienne journaliste Marie Eloy, parle non pas d'une grève mais d'un « mouvement citoyen ». La référence est l'Islande du 24 octobre 1975 : ce jour-là, neuf femmes sur dix ont cessé de travailler, le pays s'est arrêté, une loi sur l'égalité a suivi et Vigdís Finnbogadóttir est devenue en 1980 la première femme élue à la tête d'un pays. L'Islande comptait alors environ 220 000 habitants, contre 68 millions en France aujourd'hui. Les organisatrices citent aussi la marche espagnole de mars 2018 et ses quelque cinq millions de participantes.

Ce que réclame le collectif

Une loi intégrale contre les violences sexuelles, l'accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, l'inscription de l'égalité dans la Constitution, des financements publics conditionnés à l'égalité, la parité dans les instances de décision et la revalorisation des métiers de l'éducation, du soin et des services. À l'appui, quelques chiffres : selon l'ONU, au rythme actuel, l'égalité politique demanderait encore 300 ans et l'égalité économique 134 ans ; en France, l'écart de salaire est de 20 % et la part des femmes dans les instances dirigeantes dépasse rarement 10 à 15 %.

La mobilisation a surtout touché les grandes métropoles, et toutes les femmes n'ont pas pu se libérer : contraintes de travail, de budget ou de famille ont pesé sur la participation. Certaines voix contestent aussi l'idée que la maternité ou la grossesse soient présentées comme des obstacles à l'égalité professionnelle, et préfèrent demander une organisation du travail adaptée à la vie familiale.

Les arguments pour

  • L'Islande montre qu'une journée d'arrêt peut déboucher sur des lois Le 24 octobre 1975, neuf Islandaises sur dix ont cessé le travail. Le pays a ensuite adopté une loi sur l'égalité et élu une femme à sa tête cinq ans plus tard. Une démonstration de force d'un jour peut peser plus que des années de rapports.
  • Rendre visible le travail que personne ne compte Écoles fermées, crèches au ralenti, services hospitaliers et maisons de retraite désorganisés : en une journée, l'absence des femmes a montré ce que leur travail, payé ou non, fait tenir au quotidien. C'est un argument concret pour revaloriser les métiers du soin et de l'éducation.

Les arguments contre

  • Celles qui ne peuvent pas poser un jour de congé restent à l'écart La consigne était de prendre un congé, donc de payer soi-même sa journée. La mobilisation a surtout touché les grandes villes, et les contraintes d'argent, d'emploi ou de famille ont tenu beaucoup de femmes à distance. Les plus précaires, souvent les plus concernées, sont celles qui s'arrêtent le moins.
  • Quelques centaines de personnes rassemblées ne changent ni les salaires ni le partage des tâches En Islande, neuf femmes sur dix avaient participé dans un pays de 220 000 habitants. En France, les rassemblements de Toulouse, Grenoble ou Rennes ont réuni quelques centaines de participantes. Sans effet de masse, la journée reste un symbole, pas une pression sur les employeurs ou les pouvoirs publics.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

Donner mon avis : OUI ou NON