Faut-il interdire la publicité pour l'alcool sur internet et les réseaux sociaux ?
· Santé
L'association Addictions France a publié le 5 novembre un rapport sur la présence des marques d'alcool sur les réseaux sociaux et réclame l'interdiction de la publicité pour l'alcool en ligne.
Le contexte
Sur une année, la bière BrewDog a publié 1 550 contenus publicitaires sur les plateformes de Meta, contre une moyenne de 210 pour les vingt marques d'alcool suivies par Addictions France. Jägermeister arrive à 655, le vin Gérard Bertrand à 630. L'alcool de sureau Saint-Germain apparaît dans « 87 publications de 35 influenceurs différents ».
Ces chiffres viennent d'un rapport publié le jeudi 5 novembre par l'association de prévention, qui voit dans les réseaux sociaux « une arme de propagation massive pour les marques d'alcool ». Sur 54 contenus de Label 5, Bavaria 8.6 et Jägermeister qu'elle a examinés, la moitié dépasserait le cadre réglementaire. Selon Economie Matin, 72 % des annonces de Jägermeister étudiées ciblent expressément les 18-25 ans.
Ce que permet la loi Evin
Depuis 2009, la publicité pour l'alcool est autorisée sur internet de manière encadrée, alors qu'elle est interdite à la télévision. Elle ne doit pas associer l'alcool à la fête, à la convivialité ou à l'humour, ni paraître sur des sites dédiés à la jeunesse. En 2025, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Heineken à deux amendes de 50 000 euros, une décision dont il a fait appel.
Addictions France réclame désormais une « interdiction pure et simple » de la publicité pour l'alcool en ligne, sur le modèle de la télévision. Les producteurs de vin s'étaient déjà mobilisés en 2013, quand une mesure de ce type était apparue dans un plan gouvernemental avant d'en être retirée.
Les arguments pour
- Les règles actuelles sont contournées sur les réseaux sociaux Selon Addictions France, la moitié des 54 contenus de trois marques qu'elle a examinés dépassent le cadre de la loi Evin. Quand une seule marque publie 1 550 contenus en un an, contrôler chaque message au cas par cas devient illusoire ; une interdiction serait plus simple à faire respecter.
- Certaines marques ciblent directement les 18-25 ans D'après le rapport cité par Economie Matin, 72 % des annonces de Jägermeister étudiées ciblent expressément les 18-25 ans. Une revue de 25 études sur le marketing numérique de l'alcool, citée par le CIDJ, relie dans sa très grande majorité l'exposition à ces contenus à une consommation plus fréquente et au binge drinking.
Les arguments contre
- La loi Evin permet déjà de sanctionner les abus Les messages qui associent l'alcool à la fête ou paraissent sur des sites dédiés à la jeunesse sont déjà interdits, et le tribunal correctionnel de Paris a condamné Heineken en 2025 à deux amendes de 50 000 euros, une décision frappée d'appel. Faire appliquer ces règles suffirait, sans interdire toute publicité en ligne à l'ensemble des marques.
- Une interdiction générale pénaliserait toute la filière viticole En 2013, une interdiction de ce type figurait dans un plan gouvernemental contre les addictions. L'association Vin & Société en avait réclamé l'abandon, et la mesure avait disparu du texte, une erreur selon l'administration. Interdire toute publicité en ligne aux vignerons les sanctionnerait pour les excès de quelques grandes marques.
Sources
- La loi Evin pas respectée par des marques d'alcool sur les réseaux sociaux, Sud Radio (2026)
- Addictions France veut interdire la publicité pour l'alcool en ligne, Quartz (édition française) (2026)
- Publicité pour l'alcool : les marques misent sur les réseaux sociaux, Economie Matin (2026)
- Alcool : quand la publicité brouille les pistes sur les réseaux sociaux, CIDJ (2020)
- Ce qui va vraiment saouler les Français : les vignerons connectés en colère, Presse-citron (2013)
Vote ouvert jusqu’au .