Faut-il interdire les coffres à butin payants (« loot boxes ») dans les jeux vidéo accessibles aux mineurs ?

· Sciences et numérique

L’autorité italienne de la concurrence enquête sur Call of Duty Mobile et Diablo Immortal, d’Activision Blizzard, dont les achats intégrés sont accusés de cibler les enfants.

Smartphone posé sur une table, affichant l’écran d’accueil de Call of Duty Mobile avec un soldat masqué et les onglets Store, Loadout et Clan.
Soliman Cifuentes, Unsplash, licence Unsplash, recadré en 3:4

Le contexte

Dans Call of Duty Mobile ou Diablo Immortal, on peut payer avec de l’argent réel pour ouvrir un coffre au contenu tiré au sort. L’Autorité italienne de la concurrence a ouvert une enquête sur ces deux jeux d’Activision Blizzard, filiale de Microsoft, a rapporté Euronews le 8 octobre. Les autorités de protection des consommateurs de Norvège et du Danemark l’appuient, dans le cadre d’une action coordonnée en Europe.

Elles reprochent à l’éditeur des mécanismes jugés prédateurs : ces « loot boxes », une progression accélérée contre paiement, et un « manque de transparence et d’équité » dans l’usage des monnaies virtuelles. Les enfants seraient particulièrement exposés, car ils ont plus de mal à suivre ce qu’ils dépensent. Si l’infraction est établie, l’amende peut atteindre 4 % du chiffre d’affaires annuel dans chaque pays concerné. L’enquête n’en est qu’à son début.

Ce qui existe déjà

La Belgique interdit les loot boxes depuis 2018, au motif qu’elles relèvent des jeux de hasard. Le Brésil les a interdites aux moins de 18 ans par une loi signée en 2025, applicable depuis mars 2026. En Europe, les jeux qui en contiennent sont classés PEGI 16 par défaut depuis juin 2026, et le Parlement européen a demandé leur interdiction dans les jeux accessibles aux mineurs. Le futur règlement européen sur l’équité numérique pourrait plutôt imposer l’accord des parents et l’affichage des probabilités.

Pour l’industrie, l’enjeu est lourd : les mécaniques fondées sur le hasard auraient rapporté environ 23 milliards de dollars dans le monde en 2025, selon le Journal du Geek, et beaucoup de jeux gratuits en dépendent.

Les arguments pour

  • Payer pour un tirage au sort habitue les enfants au fonctionnement des jeux d’argent Ouvrir un coffre sans savoir ce qu’il contient reprend le principe d’un ticket à gratter. C’est la raison pour laquelle la Belgique les a classés parmi les jeux de hasard en 2018, en invoquant un risque d’addiction chez les jeunes joueurs. Les autorités italiennes jugent aussi les enfants plus exposés à ce risque.
  • Les monnaies virtuelles empêchent un enfant de savoir combien il dépense vraiment Dans ces jeux, on achète d’abord des pièces ou des gemmes avec de l’argent réel, puis on les dépense en coffres. L’enquête italienne pointe ce manque de transparence : un enfant ne fait plus le lien entre ses clics et le montant débité sur la carte de ses parents.
  • D’autres pays l’ont déjà fait sans tuer le jeu vidéo La Belgique interdit ces coffres depuis 2018 et le Brésil les réserve aux majeurs depuis mars 2026. Les éditeurs ont dû retirer certains jeux ou s’adapter, mais les joueurs de ces pays ont toujours accès à l’immense majorité des titres.

Les arguments contre

  • Des jeux gratuits risquent de disparaître ou de devenir payants Beaucoup de jeux gratuits sont financés par une minorité de gros dépensiers. En Belgique, Square Enix a retiré trois jeux mobiles en 2018 parce que les loot boxes étaient leur seule source de revenus. Une interdiction pour les mineurs pourrait priver les autres joueurs de jeux qu’ils ne paient pas.
  • L’accord des parents et l’affichage des chances suffiraient à protéger les enfants Les jeux concernés sont déjà classés PEGI 16 par défaut en Europe. Le règlement européen en préparation pourrait imposer le consentement parental, l’affichage clair des probabilités et la désactivation des monnaies virtuelles. Ces garde-fous laissent aux familles le choix plutôt que d’interdire.

Sources

Sondage clos le .

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