Faut-il interdire l'hexane, un solvant issu du pétrole, dans la fabrication des aliments ?
· Santé
Le 21 octobre, les députés ont voté un amendement au budget de la Sécurité sociale qui interdirait dès 2027 l'hexane, un solvant tiré du pétrole utilisé pour extraire les huiles, dans la fabrication des aliments.
Le contexte
Le mercredi 21 octobre au soir, l'Assemblée nationale a adopté, par 60 voix contre 56, un amendement de Benoît Biteau (Écologiste et social) au budget de la Sécurité sociale pour 2027. Il interdirait à partir du 1er janvier 2027 l'hexane dans la fabrication des denrées alimentaires et de certains aliments pour animaux. Les industriels qui continueraient de l'utiliser devraient verser à l'Assurance maladie 10 % de leur chiffre d'affaires. Ce vote n'est pas définitif : il dépend de la version finale du budget.
L'hexane est un solvant issu du raffinage du pétrole et du gaz. Il sert à extraire l'huile des graines de soja, de tournesol, de colza ou d'arachide, car la pression mécanique seule n'en tirerait que 80 %, selon Futura. L'huile est ensuite chauffée pour éliminer le solvant, et l'Union européenne fixe depuis 1996 une limite de résidus de 1 mg/kg. L'hexane n'a pas à figurer sur l'étiquette.
Les effets connus de l'hexane
Depuis décembre 2025, l'Agence européenne des produits chimiques classe l'hexane comme substance « extrêmement préoccupante ». Il est considéré comme neurotoxique et suspecté d'être un perturbateur endocrinien. Selon Futura, ces effets ne sont démontrés que pour de fortes doses ou des expositions professionnelles prolongées, et aucune dose journalière tolérable n'a été fixée. Saisie fin 2025 par la Commission européenne, l'Autorité européenne de sécurité des aliments réévalue l'hexane ; ses conclusions sont attendues en 2027.
Richard Ramos (Les Démocrates), auteur d'un rapport parlementaire sur le sujet rendu en janvier, estime que « la science a parlé ». Le rapporteur général du budget de la Sécurité sociale, Thibault Bazin (Droite républicaine), juge que les effets sanitaires ne sont avérés qu'en cas d'exposition répétée et prolongée, et qu'une interdiction ne relève pas de ce budget.
Les arguments pour
- Rien n'indique sur l'étiquette si une huile classique contient de l'hexane L'Agence européenne des produits chimiques classe l'hexane comme substance « extrêmement préoccupante », mais rien n'oblige à le mentionner sur les emballages. Greenpeace a trouvé des résidus dans plus de 64 % des 56 produits conventionnels qu'elle a testés, selon Futura.
- Des huiles sans hexane existent déjà Le bio interdit ce solvant, et les huiles vierges ou de première pression à froid n'en contiennent pas. Un autre solvant, fabriqué à partir de carbone d'origine végétale et autorisé après évaluation de l'Autorité européenne de sécurité des aliments, coûterait environ 5 % de plus selon son fabricant, soit 10 à 12 centimes par bouteille.
Les arguments contre
- Les dangers sont prouvés à forte dose, pas pour les traces présentes dans les huiles Selon Futura, la neurotoxicité de l'hexane n'est démontrée que pour de fortes doses ou des expositions professionnelles prolongées, pas pour les faibles doses présentes dans les huiles, qui sont chauffées pour en éliminer 99,9 %.
- Mieux vaut attendre l'avis sanitaire européen prévu en 2027 La Commission européenne a demandé à l'Autorité européenne de sécurité des aliments de réévaluer l'hexane, avec des conclusions attendues en 2027. Interdire avant revient à trancher sans connaître son avis.
- Sans hexane ni solvant de remplacement, une partie de l'huile resterait dans les graines La pression mécanique seule ne permettrait d'extraire que 80 % de l'huile, contre 97 % avec l'hexane, selon Futura. Les fabricants qui ne passeraient pas à un autre solvant tireraient moins d'huile de la même récolte.
Sources
Vote ouvert jusqu’au .