Faut-il interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans ?

· Santé

Un rapport parlementaire présenté le 7 octobre 2026 recommande d'interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans.

Mains gantées tenant plusieurs canettes dorées de boisson énergisante Monster.
Photo : Nathan Gubler / Unsplash (licence Unsplash), recadrée en portrait – https://unsplash.com/photos/OZV9688i0oc

Le contexte

Les députés Sandrine Runel (Socialistes) et Yannick Neuder (Droite républicaine) ont présenté le 7 octobre 2026 les conclusions de leur mission d'information sur l'exposition des jeunes aux boissons énergisantes et aux alcools prêts à boire, lancée en février par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale. Leur proposition principale : interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Ils veulent aussi retirer ces canettes des distributeurs automatiques.

Rien n'est décidé à ce stade. Les deux rapporteurs comptent porter ces mesures par des amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, puis dans une proposition de loi.

Un marché multiplié par quatre

Red Bull, Monster, Crazy Tiger : selon l'AFP, ce marché est passé d'environ 180 millions d'euros en 2016 à près de 780 millions en 2025 en France. En juin 2026, des influenceurs suivis par de nombreux adolescents ont lancé leur propre marque, Ciao Energy. Yannick Neuder dénonce un « marketing très agressif » tourné vers les jeunes.

Ce que disent les données de santé

D'après l'Anses, une canette standard de 250 ml apporte en moyenne autant de caféine que deux expressos. En 2013, l'agence avait analysé 257 cas d'effets indésirables signalés : troubles cardiaques (tachycardie, hypertension, arythmies) et troubles neuropsychiatriques (anxiété, crises de panique). Elle déconseillait déjà d'en boire avec de l'alcool ou pendant un effort physique.

Le rapport admet que ces boissons ne présentent pas de risque pour la population générale en quantité raisonnable, mais juge leur consommation globalement excessive en France. Chez les enfants et les adolescents, elles peuvent selon lui « bel et bien engendrer des effets nocifs », surtout par excès de caféine. Il cite une étude allemande dans laquelle près de la moitié des adolescents consommateurs disaient avoir ressenti des palpitations ou des troubles du sommeil.

Ce que font les autres pays

La Lituanie, la Roumanie et la Norvège appliquent déjà une interdiction comparable, et l'Angleterre doit suivre en avril 2027. Le Syndicat des boissons sans alcool, qui représente notamment Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé, qualifie la proposition de mesure « arbitraire dénuée de tout fondement » et rappelle que l'Autorité européenne de sécurité des aliments a évalué la sécurité de leurs ingrédients.

Reste l'application en caisse. Pour l'alcool, déjà interdit aux mineurs, une enquête d'Addictions France citée au Sénat en 2025 montrait que 86 % des commerces testés acceptaient d'en vendre à un mineur.

Les arguments pour

  • Les adolescents sont plus vulnérables à la caféine d'une canette Selon l'Anses, une canette de 250 ml contient autant de caféine que deux expressos. L'agence a relevé des effets cardiaques (tachycardie, arythmies) et des troubles anxieux liés à ces boissons, et range enfants et adolescents parmi les publics à risque. Le rapport parlementaire estime que chez les mineurs ces boissons peuvent avoir des effets nocifs, surtout par excès de caféine : un âge minimal réduirait ces doses chez les plus jeunes.
  • Moins de nuits écourtées avant une journée de classe Une étude allemande citée par les rapporteurs indique que près de la moitié des adolescents consommateurs ont ressenti palpitations, accélération du rythme cardiaque ou troubles du sommeil. En Angleterre, le gouvernement a justifié la même interdiction par les effets sur le sommeil, l'anxiété et la concentration des élèves. Un adolescent qui dort moins suit moins bien en cours le lendemain.
  • Couper l'effet d'un marketing taillé pour les adolescents Le marché français a été multiplié par plus de quatre entre 2016 et 2025, et une marque a été lancée en juin 2026 par des influenceurs populaires auprès des jeunes. Yannick Neuder parle d'un « marketing très agressif ». Si un collégien ne peut plus acheter seul ces canettes, ces campagnes perdent une grande partie de leur effet sur les plus jeunes.

Les arguments contre

  • Le café et les sodas caféinés resteraient en vente libre Une canette apporte en moyenne la caféine de deux expressos, selon l'Anses. Or un adolescent pourrait toujours acheter un café ou un soda caféiné. La mesure viserait une catégorie de boissons plutôt que la quantité de caféine absorbée, avec le risque de déplacer la consommation vers d'autres produits au lieu de la réduire.
  • Une limite d'âge déjà mal respectée pour l'alcool La vente d'alcool aux mineurs est interdite, mais selon une enquête d'Addictions France citée au Sénat, 86 % des commerces testés en ont vendu à un mineur et 8 % seulement demandaient systématiquement une pièce d'identité. Le rapport propose d'ailleurs des achats tests et des amendes plus lourdes pour l'alcool. Une nouvelle interdiction reposerait sur les mêmes caissiers et les mêmes contrôles.
  • Aucun danger démontré en consommation raisonnable Le rapport reconnaît que ces boissons ne posent pas de risque sanitaire pour la population générale en quantité raisonnable. Le Syndicat des boissons sans alcool rappelle que l'Autorité européenne de sécurité des aliments a évalué leurs ingrédients et juge la mesure arbitraire. Pour ses détracteurs, mieux vaut informer les jeunes et leurs parents qu'interdire un produit que la plupart consomment sans problème.

Sources

Sondage clos le .

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