Faut-il indexer tous les salaires sur les prix ?

· Travail et protection sociale

La CGT réclame l'indexation de tous les salaires sur les prix, avant la conférence sociale sur les salaires prévue le 9 novembre à Matignon.

Des billets de 10, 20, 50 et 100 euros en éventail sur un fond noir.
Markus Spiske / Unsplash (licence Unsplash), Erlangen, Allemagne, recadrage 3:4

Le contexte

Le jeudi 5 novembre, la journée de grèves et de manifestations pour les salaires et le pouvoir d'achat a rassemblé 575 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 1,6 million selon la CGT. Le même jour, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une « conférence sociale » sur les salaires et le pouvoir d'achat avec les syndicats et le patronat, fixée au 9 novembre à Matignon.

Les syndicats n'y arrivent pas avec la même liste. La CFDT demande une hausse du Smic de 100 euros net. La CGT réclame 10 % de plus sur le Smic et l'indexation de tous les salaires sur les prix : chaque fiche de paie suivrait automatiquement l'inflation.

Le Smic fonctionne déjà ainsi. Il est revalorisé chaque 1er janvier selon l'inflation mesurée chez les 20 % de ménages les plus modestes, et ajusté en cours d'année dès que les prix ont augmenté de 2 % depuis la dernière revalorisation.

L'échelle mobile, supprimée en 1983

La France a connu ce système, appelé échelle mobile des salaires. Selon l'histoire qu'en retrace la fédération CGT de la métallurgie, une ordonnance de 1959 a interdit les clauses d'indexation des salaires sur les prix, et le gouvernement socialiste a entériné en 1983 la désindexation des salaires, au nom de la lutte contre l'inflation.

La Belgique pratiquait encore l'indexation automatique des salaires en 2012. Dans une tribune publiée cette année-là par la RTBF, l'économiste Bernard Delbecque y voyait un moyen de préserver la paix sociale, tout en pointant son coût pour les entreprises. En France, une analyse publiée en 2022 par La Grande Conversation met en garde contre une « boucle prix-salaires », où les hausses de paie se répercutent à leur tour sur les prix.

Les arguments pour

  • La paie ne perdrait plus de valeur à chaque hausse des prix Quand les prix montent et que le salaire reste figé, le salarié achète moins avec la même paie. L'indexation compense cette perte automatiquement, comme c'est déjà le cas pour le Smic, au lieu d'attendre une négociation dans chaque entreprise ou chaque branche.
  • Une hausse automatique des salaires apaiserait les conflits sociaux En Belgique, l'économiste Bernard Delbecque estimait en 2012, dans une tribune publiée par la RTBF, que préserver la paix sociale justifie de garder l'indexation, dont le coût reste limité en période économique normale, à condition d'encadrer l'évolution des salaires par rapport aux pays voisins.

Les arguments contre

  • Les hausses de salaires risquent de relancer à leur tour la hausse des prix Selon une analyse publiée par La Grande Conversation, les entreprises aux marges faibles reporteraient leurs nouveaux coûts salariaux sur leurs prix. L'inflation monterait encore, puis les salaires avec elle. C'est au nom de la lutte contre l'inflation que la France a renoncé à l'indexation en 1983.
  • Des entreprises pourraient embaucher moins pour payer les hausses Selon l'économiste Bernard Delbecque, dans sa tribune de 2012 à la RTBF, l'indexation pousse les entreprises belges en difficulté à réduire leurs effectifs. D'après La Grande Conversation, d'autres chercheraient des gains de productivité pour éviter d'embaucher.
  • Les entreprises françaises perdraient du terrain face à leurs concurrents étrangers Dans une tribune publiée par la RTBF en 2012, l'économiste Bernard Delbecque citait une estimation du Conseil central de l'économie : le coût salarial horaire belge devait accuser cette année-là un écart cumulé de 4,6 % avec l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Un coût du travail qui grimpe plus vite que chez les concurrents pèse sur les ventes à l'étranger.

Sources

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