Croyez-vous que l'IA permettra bientôt de ne travailler que trois jours par semaine ?
· Travail et protection sociale
Jeff Bezos a affirmé sur Fox News que les gains de productivité de l'IA permettraient de travailler environ trois jours par semaine, des propos relayés le 13 octobre par Presse-citron.
Le contexte
Travailler trois jours et vivre correctement du reste : c'est l'avenir que décrit Jeff Bezos. Interrogé sur Fox News, le fondateur d'Amazon a expliqué que l'intelligence artificielle générative allait créer une telle abondance que « il ne sera plus nécessaire d'avoir un foyer à deux revenus ». Une personne pourrait, selon lui, faire vivre sa famille en travaillant trois jours par semaine. « C'est cela, la productivité économique », résume-t-il, prédisant même qu'« il sera difficile de recruter ».
Le contraste avec son entreprise saute aux yeux. Amazon prévoit plus de 200 milliards de dollars d'investissements dans l'IA cette année et a supprimé 30 000 postes administratifs depuis la fin de l'année dernière, rappelle Presse-citron, qui note que ces suppressions ne relèvent pas d'une réduction du temps de travail destinée à protéger les salariés. Elon Musk, lui, promet une IA dépassant « l'intelligence de tous les humains réunis » d'ici 2030 et un revenu universel, une vision que le site juge peu étayée.
Keynes avait promis 15 heures
La prédiction a un précédent célèbre. En 1930, l'économiste John Maynard Keynes annonçait pour ses petits-enfants, un siècle plus tard, une semaine de 15 heures et un niveau de vie « au moins quatre à huit fois plus élevé ». Le niveau de vie a suivi ; le temps de travail, lui, a fortement baissé après la Seconde Guerre mondiale avant de se stabiliser, rappelle Business AM à partir de données de l'OCDE.
Le Fonds monétaire international, qui table sur une croissance mondiale de 3,1 % en 2026, juge de son côté les risques liés à l'IA « à double sens », selon la veille d'ActuIA du 13 octobre : la technologie peut doper la productivité comme déstabiliser l'emploi et les marchés.
Les arguments pour
- La productivité a déjà fait fondre le temps de travail une fois Après la Seconde Guerre mondiale, la durée du travail a fortement baissé dans les pays occidentaux à mesure que la productivité grimpait, comme le montrent les données de l'OCDE citées par Business AM. Si l'IA produit le saut de productivité que ses promoteurs annoncent, le même mécanisme peut rejouer.
- L'IA s'attaque aux tâches de bureau, celles qui remplissent la semaine Les 30 000 postes supprimés chez Amazon sont administratifs : l'IA automatise des tâches qui occupaient jusqu'ici des journées entières d'employés qualifiés. Quand une machine fait en une heure ce qui prenait une journée, la question n'est plus de savoir si le temps de travail peut baisser, mais qui en profitera.
Les arguments contre
- Keynes promettait 15 heures en 2030 : la baisse s'est arrêtée en route Le niveau de vie a bien été multiplié comme Keynes l'annonçait, mais la semaine de 15 heures n'est jamais venue. Les indépendants belges travaillent 57 heures par semaine et le volume d'heures du privé n'a pas diminué en dix ans, selon Business AM. Les gains de productivité ne se sont pas transformés en temps libre.
- Chez Amazon, l'IA se traduit par 30 000 postes en moins, pas par des semaines plus courtes L'entreprise de Jeff Bezos investit 200 milliards de dollars dans l'IA et licencie, elle ne réduit pas les horaires de ses salariés. Le FMI juge d'ailleurs les risques de l'IA « à double sens ». Pour la personne qui perd son poste, la semaine de trois jours ressemble surtout à une semaine de zéro jour.
Sources
- La semaine de 3 jours : travailler devient presque inutile selon Jeff Bezos, car l'IA est en train de tout changer, Presse-citron (2026)
- Où sont les 15 heures de travail hebdomadaire alors que les indépendants belges se tuent à la tâche pendant 57 heures ?, Business AM (2022)
- Veille IA du 13 octobre 2026, ActuIA (2026)
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