Les salariés de l'eau à La Réunion ont-ils raison de poursuivre leur grève malgré les coupures ?
· Travail et protection sociale
Depuis le 7 octobre, la grève des salariés de la Cise Réunion a privé d'eau courante plusieurs communes de l'île ; la distribution a repris le 13 octobre grâce à des réquisitions, mais le conflit continue.
Le contexte
Devant la mairie du Tampon, José Vienne attend un pack d'eau gratuit. Chez lui comme chez ses voisins, l'eau du robinet est « impropre à la consommation » et les bouteilles ont été prises d'assaut dans les magasins, raconte l'AFP. Une gérante de salon de coiffure a annulé ses rendez-vous : « On ne peut pas travailler ». Un restaurateur cuisine à l'eau en bouteille.
La cause : une grève illimitée lancée le 7 octobre par les salariés de la Cise Réunion, qui distribue l'eau dans plusieurs communes de l'Est et du Sud de l'île, dont Saint-Benoît, Sainte-Marie, La Plaine-des-Palmistes et Le Tampon. Les syndicats dénoncent une dégradation des conditions de travail et réclament une hausse de salaire de 30 %.
Ce que propose la direction
La Cise juge cette demande « économiquement insoutenable » : une telle hausse compromettrait la pérennité du service et poserait la question du prix de l'eau, fixé par les collectivités. Elle a proposé un versement annuel de 50 euros bruts au titre de la « prime d'eau » et le rattachement à la mutuelle du groupe, et renvoie les salaires aux négociations annuelles de 2027, après un accord signé le 5 mai dernier. Les salariés ont refusé. Les discussions doivent reprendre ce mercredi 14 octobre.
Face aux coupures, la préfecture a réquisitionné des personnels pour surveiller le réseau, rechercher les pannes et contrôler la qualité de l'eau, dans la limite du « strictement nécessaire ». La distribution a repris mardi 13 octobre dans tous les secteurs touchés, selon Imaz Press, mais l'eau n'est pas encore potable partout : près de 3 700 abonnés du bas du Tampon et du secteur d'Abondance, à Saint-Benoît, restent sous surveillance renforcée, avec des analyses attendues vendredi. À Saint-Benoît, 6 912 bouteilles ont été livrées dans trois écoles.
La Cise a aussi signalé des actes de malveillance, un équipement endommagé à Sainte-Rose et des vannes fermées à Saint-Benoît, sans que leurs auteurs soient identifiés. La communauté intercommunale de l'Est a adressé deux mises en demeure aux opérateurs : « le mouvement de grève ne dispense pas les sociétés délégataires de leurs obligations contractuelles », rappelle son président Joé Bédier.
Les arguments pour
- Cinquante euros par an en réponse à une demande de 30 % : sans grève, rien ne bouge La direction a mis sur la table une prime annuelle de 50 euros bruts et une mutuelle, puis renvoyé la question des salaires aux négociations de 2027. Pour des salariés qui dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail, lever le mouvement maintenant reviendrait à accepter d'attendre encore un an sans contrepartie.
- Le droit de grève vaut aussi dans les services essentiels, et l'État a su réquisitionner La préfecture a réquisitionné des personnels pour surveiller le réseau et contrôler l'eau, et la distribution a repris dans tous les secteurs le 13 octobre. C'est précisément à cela que servent les réquisitions : garantir le minimum vital sans retirer aux salariés le seul levier dont ils disposent face à leur employeur.
Les arguments contre
- Priver des familles et des écoles d'eau potable franchit une ligne Pendant une semaine, des habitants ont dû acheter des bouteilles prises d'assaut, des commerçants ont fermé et des écoles ont été approvisionnées en palettes d'eau. Même rétablie, l'eau reste impropre à la consommation pour près de 3 700 abonnés en attendant les analyses. Un conflit salarial ne devrait pas se régler sur le dos de ceux qui n'y sont pour rien.
- Une hausse de 30 % finirait sur la facture d'eau des Réunionnais La Cise affirme qu'une telle augmentation compromettrait la pérennité du service et poserait la question du prix de l'eau, que fixent les collectivités. Si la revendication aboutit, ce sont les abonnés, déjà privés d'eau pendant le conflit, qui risquent de la payer sur leurs factures.
Sources
- « C'est en rupture partout » : à La Réunion, la débrouille et l'exaspération face aux coupures d'eau (AFP), Bourse Direct (2026)
- Grève à la Cise : la distribution d'eau rétablie dans l'ensemble des secteurs affectés, Imaz Press Réunion (2026)
- Grève à la CISE Réunion : le préfet réquisitionne du personnel pour rétablir la distribution d'eau, Ko@fé (2026)
- Grève à La Réunion : pénurie d'eau et conséquences pour les habitants, Sud Radio (2026)
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