Google devrait-il vérifier qu'un internaute est bien venu avant de publier son avis ?

· Économie et consommation

Le propriétaire d'une maison d'hôtes de Saône-et-Loire a plaidé le 12 octobre contre Google, qu'il accuse de laisser en ligne des avis de personnes jamais venues.

Une main tient un smartphone affichant la page d'accueil de Google.
Photo Terrillo Walls / Unsplash (licence Unsplash), recadrée en 3:4

Le contexte

Les deux premiers avis négatifs datent de 2018 et de 2020. Leurs auteurs ont fini par reconnaître qu'ils n'avaient jamais séjourné au château de Balleure, une maison d'hôtes de deux chambres en Saône-et-Loire. Ils passaient à proximité, et Google Maps les avait invités par une notification à noter le lieu, sans leur demander s'ils y étaient allés.

Le propriétaire, Raoul Salama, se bat depuis huit ans. En juin 2022, la cour d'appel de Dijon a ordonné à Google de révéler l'identité des auteurs. Selon l'AFP, le géant américain a mis 43 mois à retirer le premier avis et 39 mois le second. Dix-sept avis sont aujourd'hui contestés. Le propriétaire assure qu'une baisse de 10 % de sa note fait chuter son chiffre d'affaires de 30 %.

Il a assigné Google devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône pour obtenir une décision qui serve aussi aux hôteliers, restaurateurs et professions libérales. L'audience s'est tenue le 12 octobre et le jugement a été mis en délibéré au 12 janvier.

Ce que répond Google

L'avocat de Google soutient que l'entreprise n'a pas de « moyen fiable » de savoir si quelqu'un a réellement utilisé un service. Pour lui, des randonneurs qui notent un château restent de vraies personnes, et retirer les avis contestés par les professionnels finirait par « tuer » les avis. Google dit utiliser une vérification automatisée par intelligence artificielle et affirme avoir supprimé 292 millions d'avis contraires à ses règles en 2025.

L'avocat du propriétaire, Frédéric Hopgood, réclame au contraire une modération humaine. Il accuse Google de tirer profit des clics sur tous les avis, vrais ou faux. La loi française impose aux plateformes de retirer rapidement les avis illicites. Google, lui, ne vérifie pas les avis avant leur publication : il recherche les faux contenus et les supprime quand il les repère.

Les arguments pour

  • Quelques avis de passants peuvent faire perdre des clients à un petit établissement Une maison d'hôtes de deux chambres ne reçoit que quelques dizaines d'avis : le château de Balleure en compte 54. Deux ou trois notes d'une étoile suffisent alors à faire baisser la moyenne. Son propriétaire estime qu'une note en recul de 10 % lui coûte 30 % de chiffre d'affaires.
  • C'est Google lui-même qui invite des passants à noter des lieux où ils ne sont pas entrés Les auteurs des premiers avis litigieux ont expliqué avoir reçu une notification de Google Maps alors qu'ils passaient près du château. Personne ne leur a demandé s'ils y avaient séjourné. Exiger une réservation ou une visite avant de noter couperait ce mécanisme à la source.
  • Retirer un faux avis après coup prend des années Même avec une décision de la cour d'appel de Dijon en 2022, il a fallu 43 mois pour faire disparaître le premier avis contesté et 39 mois pour le second, selon l'AFP. Et une quinzaine d'autres avis seraient apparus depuis. Un contrôle avant publication éviterait ces procédures longues et coûteuses.

Les arguments contre

  • Un simple passant peut avoir quelque chose d'utile à dire sur un lieu L'avocat de Google fait valoir que des randonneurs qui notent un château restent de vraies personnes, pas de faux comptes. Réserver les avis aux clients vérifiés écarterait aussi les témoignages de voisins ou de visiteurs qui ont vu le lieu sans y dormir ni y manger.
  • Les professionnels mal notés pourraient faire taire les critiques gênantes Pour Google, retirer les avis dès qu'un professionnel les conteste « tuerait » les avis en ligne et porterait atteinte à la liberté d'expression. Un contrôle trop strict risquerait de ne laisser en ligne que les avis favorables.

Sources

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