Google doit-il payer les médias pour les résumés IA qui font chuter leurs visites ?
· Culture et médias
Selon l'ACPM, les visites des sites d'information français ont reculé de 23 % en septembre sur un an, deux mois après le lancement en France des résumés IA de Google ; les éditeurs ont saisi l'Autorité de la concurrence.
Le contexte
Vous tapez une question dans Google, et la réponse s'affiche tout en haut, rédigée par une intelligence artificielle, avant la liste des liens. Plus besoin de cliquer. Ces « AI Overviews » sont arrivés en France le 22 juillet 2026, et les premiers chiffres certifiés sont tombés : en septembre, sur un panel de 40 marques de presse nationale et régionale, les visites ont reculé de 20,8 % sur un an, celles des sites de 22,9 %, celles des applications de 9,4 % seulement. Les applications, ouvertes directement sans passer par un moteur de recherche, résistent. Le Point et Marianne perdent plus de la moitié de leurs visites, Le Parisien 40,9 %, Franceinfo 29,1 %, Le Figaro 21,8 %, Le Monde 19,6 %, Ouest-France 9,6 %.
Ce qui relativise la chute
Septembre 2025 avait été un mois hors norme : chute du gouvernement Bayrou, nomination de Sébastien Lecornu, mobilisation du 10 septembre, avec un record annuel de plus de 104 millions de visites en une journée. Sur août, comparaison plus neutre, le recul reste de 16,5 %, avec des sites à -18,8 % et des applications à -2,5 %. D'autres facteurs pèsent : les changements de Google Discover, qui favorise désormais les réseaux sociaux et les vidéos courtes, une mise à jour anti-spam déployée au même moment, et le fait que les résumés IA touchent d'abord les recherches « froides » plutôt que l'actualité chaude, selon certains experts. Google affirme n'avoir constaté « aucune baisse significative ». À l'échelle mondiale, le Reuters Institute a mesuré un recul de 33 % du trafic venu de la recherche Google vers plus de 2 500 sites entre novembre 2024 et novembre 2025.
Ce que réclament les éditeurs
Le 11 août, l'Alliance de la presse d'information générale a saisi l'Autorité de la concurrence : selon elle, Google aurait dû négocier avec les éditeurs avant de lancer la fonction, au titre de ses engagements de 2022. Son président Marc Feuillée, directeur général du groupe Figaro, parle d'un recul « fort et constant » et réclame une rémunération pour l'utilisation des contenus de presse dans les réponses générées par l'IA. Les éditeurs s'inquiètent aussi de la base de calcul des droits voisins, assise sur une audience qui fond ; Google dit leur avoir transmis une nouvelle méthode de calcul. Les éditeurs décrivent un dilemme : fournir leurs contenus en espérant être payés, ou refuser et disparaître des résultats. Google revendique 2,5 milliards d'utilisateurs mensuels pour ses résumés IA.
Les arguments pour
- Les résumés se nourrissent des articles tout en gardant les lecteurs chez Google Le résumé IA s'affiche au-dessus des liens et répond à la question : les logos des sources sont cliquables, mais peu d'internautes vont plus loin. Les sites qui fournissent la matière première perdent 23 % de visites pendant que Google revendique 2,5 milliards d'utilisateurs mensuels pour cette fonction.
- Google s'était engagé en 2022 à négocier avec la presse C'est l'argument porté devant l'Autorité de la concurrence par l'Alliance de la presse : lancer une fonction qui réutilise les contenus sans discussion préalable contredit les engagements pris par Google en 2022. Une rémunération serait la suite logique des droits voisins déjà négociés.
Les arguments contre
- La chute vient aussi d'ailleurs : Discover, base record de 2025, mise à jour anti-spam Septembre 2025 avait battu un record de 104 millions de visites en un jour ; sur août, le recul des sites est plus faible. Les changements de Google Discover, qui favorise les réseaux sociaux et les vidéos, et une mise à jour anti-spam déployée au même moment brouillent la lecture. Faire payer Google pour une baisse qu'il n'explique qu'en partie serait injuste.
- Les applications résistent : la solution est chez les médias, pas dans un chèque de Google Les applications ne perdent que 9,4 % de visites contre 22,9 % pour les sites, parce qu'elles ne dépendent pas d'un moteur de recherche. Les éditeurs eux-mêmes misent sur les applis, les newsletters et l'information exclusive. Une rémunération entretiendrait une dépendance que la presse cherche à réduire.
- Google conteste la baisse et dit afficher les sources Le moteur affirme n'avoir constaté aucune baisse significative, met en avant les logos cliquables vers les sites cités et indique avoir transmis aux éditeurs une nouvelle méthode de calcul des droits voisins. Pour lui, la négociation est en cours ; un paiement obligatoire supplémentaire ne se justifie pas.
Sources
- AI Overviews : les sites d'info perdent 23 % de visites, les applis résistent, selon l'ACPM, The Media Leader (2026)
- Le trafic des sites d'information chute après le déploiement d'AI Overviews, CCFI (2026)
- Mercredi 14 octobre 2026, Rekto News (2026)
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