La France doit-elle continuer d'arraisonner les pétroliers de la flotte fantôme russe ?

· Europe et international

Le 12 octobre, la Marine nationale a intercepté au sud de La Réunion le pétrolier DF Peak, sanctionné par l'Union européenne et soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe.

Un pétrolier rouge vu du ciel, naviguant en pleine mer.
Photo : Shaah Shahidh / Unsplash (licence Unsplash), recadrée

Le contexte

Lundi 12 octobre, à plus de 450 milles nautiques au sud de La Réunion, des marins français sont montés à bord du pétrolier DF Peak avant de le dérouter sous escorte. Le navire, qui battait pavillon béninois, s'appelait auparavant Kaliningrad. Il figure sur la liste des navires sanctionnés par l'Union européenne et est soupçonné d'appartenir à la « flotte fantôme » russe depuis juin 2024.

La Marine doutait de la validité de son pavillon, et l'examen des documents à bord aurait confirmé l'irrégularité, selon 24matins. Emmanuel Macron a diffusé des images de l'opération et y voit un signal de la détermination française face à ces circuits maritimes opaques. Plus de 700 navires figurent aujourd'hui sur les listes de sanctions de l'Union.

Une série commencée en 2025

La France multiplie ces interceptions depuis septembre 2025 : le Boracay au large de la Bretagne, le Grinch puis le Deyna en Méditerranée, le Tagor dans l'Atlantique fin mai. Les trois premiers ont été immobilisés puis relâchés après paiement d'amendes, selon Blick. Pour le Tagor, dont le capitaine aurait refusé d'obtempérer, le parquet de Brest a ouvert une enquête pénale, rapporte Brut.

Moscou dénonce ces opérations. Après le Tagor, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait jugé l'arraisonnement illégal, « à la limite de la piraterie internationale », et annoncé des mesures pour protéger les navires russes. Le contexte s'est tendu depuis que Donald Trump a levé des sanctions sur le diesel russe : pour Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, cela « donne à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre ».

Les arguments pour

  • Chaque cargaison bloquée prive Moscou d'argent pour la guerre Pour Kaja Kallas, laisser circuler le carburant russe donne à Moscou davantage de revenus pour faire la guerre en Ukraine. Contrôler les pétroliers qui contournent les sanctions est l'un des rares moyens concrets de rendre ces sanctions effectives sur les mers.
  • Des sanctions jamais appliquées ne dissuadent personne Plus de 700 navires figurent sur les listes de sanctions de l'Union. Si aucun n'est jamais arrêté, les armateurs n'ont aucune raison de changer de pratique. Chaque interception montre que naviguer sous un faux pavillon a un coût.

Les arguments contre

  • Des navires relâchés après une amende, pour un effet limité Les trois premiers pétroliers arraisonnés par la France ont été relâchés après avoir payé une amende, selon Blick. Mobiliser la Marine à des centaines de milles des côtes pour quelques navires sur plus de 700 sanctionnés ne gêne guère ce trafic.
  • Le risque d'un incident grave avec la Russie Le Kremlin a qualifié ces arraisonnements d'actes « à la limite de la piraterie internationale » et annoncé des mesures pour protéger ses navires. Multiplier les abordages en haute mer augmente le risque d'un face-à-face entre marins français et russes.

Sources

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