Approuvez-vous la fin de l’accord migratoire « un pour un » entre la France et le Royaume-Uni ?

· Europe et international

L’accord qui renvoyait en France des migrants arrivés en small boat au Royaume-Uni, en échange de l’accueil d’autres exilés par Londres, a pris fin le 1er octobre 2026.

Les falaises blanches de Douvres, côté anglais de la Manche, plongeant dans une mer bleue sous un ciel dégagé.
Photo Vilmantas Bekesius / Unsplash (licence Unsplash), recadrée en 3:4

Le contexte

Un exilé qui traverse aujourd’hui la Manche en small boat ne risque plus d’être renvoyé en France au titre de l’accord « un pour un ». Londres n’ouvre plus de nouveaux dossiers depuis le 30 septembre, et l’accord expérimental signé en juillet 2025 a expiré le 1er octobre 2026 sans être prolongé. Les vols de renvoi déjà prévus partiront encore dans les prochaines semaines, selon le gouvernement britannique.

Comment fonctionnait l’échange

Entré en vigueur le 6 août 2025, le dispositif permettait au Royaume-Uni de retenir puis de renvoyer en France une personne arrivée par la Manche sur une petite embarcation. Les mineurs non accompagnés et les personnes remplissant les conditions du statut de réfugié étaient exclus. Les personnes renvoyées n’obtenaient aucun droit au séjour en France.

En contrepartie, Londres acceptait d’accueillir légalement une personne se trouvant en France, à condition qu’elle n’ait jamais tenté la traversée et qu’elle ait des attaches familiales ou personnelles outre-Manche. Prévu jusqu’au 11 juin 2026, l’essai avait été prolongé une fois. Depuis le Brexit, le Royaume-Uni ne fait plus partie du système de Dublin, qui oblige en principe à demander l’asile dans le premier pays de l’Union où l’on arrive.

Un bilan loin de l’objectif

D’après les derniers chiffres britanniques, environ 1 500 personnes ont été renvoyées vers la France et à peu près autant ont été admises au Royaume-Uni. L’objectif annoncé était de 2 600 échanges. Début août, les 1 087 renvois réalisés représentaient environ 4 % des arrivées en small boat. Mi-septembre, la ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a reconnu des chiffres « relativement faibles » et des contraintes de places en rétention des deux côtés.

Le Home Office avance une autre donnée : 19 196 arrivées par la Manche entre janvier et le 1er octobre 2026, plus de 40 % de moins qu’un an plus tôt. Les sources disponibles ne disent pas quelle part de cette baisse revient à l’accord. Vingt-deux personnes sont mortes en tentant la traversée depuis le début de l’année.

Pourquoi Paris a refusé de continuer

Londres voulait poursuivre. Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, l’avait demandé à Emmanuel Macron lors de sa visite début septembre. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait pourtant prévenu le 15 juin, devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, que cet accord pilote n’avait « pas vocation à être reconduit ». Selon lui, la France n’a pas à porter seule ce dispositif, qui aurait davantage sa place dans un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

Les défenseurs des exilés réclamaient aussi son abandon. En octobre 2025, la Commission nationale consultative des droits de l’homme jugeait les conditions d’admission au Royaume-Uni opaques et discriminantes et recommandait de ne pas le reconduire. Médecins sans frontières estime qu’il ne doit servir de modèle à aucun accord européen.

Les arguments pour

  • Trop peu de renvois pour décourager les traversées Environ 1 500 renvois en un peu plus d’un an, pour un objectif affiché de 2 600 échanges. Début août, ils concernaient environ 4 % des personnes arrivées en small boat. Près de 50 personnes renvoyées en France seraient même revenues au Royaume-Uni, selon des chiffres du Home Office rapportés par le Guardian. Quand le risque d’être renvoyé reste aussi rare, il pèse peu sur la décision de payer un passeur.
  • La France n’a pas à porter seule les renvois décidés à Londres Les personnes renvoyées revenaient en France sans aucun droit au séjour, et les capacités de rétention posaient problème des deux côtés de la Manche, a reconnu la ministre britannique elle-même. Laurent Nuñez estime que ce type d’échange devrait relever d’un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, pour que la charge ne repose pas sur le seul pays d’où partent les bateaux.
  • Un tri des exilés jugé contraire au droit d’asile La CNCDH a dénoncé à l’unanimité des critères d’admission opaques et discriminants, une démarche en ligne accessible seulement en anglais à l’automne 2025, avec smartphone et pièce d’identité obligatoires, et des renvois sans examen au fond de la demande d’asile. Médecins sans frontières décrit des conséquences « particulièrement néfastes » pour des centaines de personnes exilées.

Les arguments contre

  • Une voie légale disparaît pour ceux qui ont de la famille en Angleterre Environ 1 500 personnes ont rejoint le Royaume-Uni par une procédure régulière, sans payer de passeur ni monter dans un canot surchargé. Depuis la fin de l’accord, aucun nouveau dossier n’est traité, alors que 22 personnes sont mortes dans la Manche depuis janvier. Le Quai d’Orsay présentait d’ailleurs l’accord comme un moyen de rouvrir des voies légales d’accès vers le Royaume-Uni.
  • La fin des renvois retire un frein aux traversées Pour Emmanuel Macron, l’accord devait avoir un effet « très dissuasif » sur le modèle des passeurs : arriver en Angleterre ne garantissait plus d’y rester. Le Home Office relève une baisse de plus de 40 % des arrivées en 2026, sans que la part de l’accord dans ce recul soit établie. Le cadre européen souhaité par Paris reste à construire, et rien ne remplace ce risque d’ici là.

Sources

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