L'État a-t-il raison de devenir premier actionnaire du groupe minier Eramet ?
· Économie et consommation
L'Élysée a annoncé le 12 octobre que l'État deviendrait « très largement le premier actionnaire » d'Eramet, via une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d'euros d'ici la fin de l'année.
Le contexte
Nickel en Nouvelle-Calédonie, manganèse au Gabon, lithium en Argentine, sables minéralisés au Sénégal : Eramet extrait des métaux qui servent aux batteries, aux alliages et à l'acier inoxydable. Mais le groupe perd de l'argent : 477 millions d'euros de perte nette en 2025, puis 195 millions au premier semestre 2026 malgré un chiffre d'affaires en hausse de 10 %, à 1,5 milliard d'euros. En cause, la crise en Nouvelle-Calédonie, la chute des cours du nickel et des coûts d'exploitation élevés, avec un endettement jugé inquiétant.
Ce que fait l'État
Lundi 12 octobre, l'Élysée a annoncé que l'État allait « augmenter significativement sa participation » pour devenir « très largement le premier actionnaire ». L'augmentation de capital, plafonnée à 500 millions d'euros et votée en assemblée générale en mai, doit être réalisée d'ici la fin de l'année. L'Agence des participations de l'État souscrira à hauteur de sa part actuelle, un peu plus de 27 %, et rachètera une partie des droits de souscription de la famille Duval, aux commandes depuis 1999 avec 37,22 % du capital. L'État passerait ainsi au-dessus de 37 % sans dépasser 50 % : pas de nationalisation, mais un pouvoir de blocage sur les décisions stratégiques. En 2015-2016, le sauvetage avait pris la forme d'un prêt d'urgence de 525 millions d'euros. La Société Le Nickel, filiale calédonienne, est déjà financée intégralement par l'État.
Pourquoi, et à quel prix
La PDG Christel Bories parle d'un « jalon majeur pour assurer la pérennité financière du groupe ». L'opération est aussi présentée comme stratégique : garantir un accès souverain aux métaux critiques pour la transition énergétique et la défense, et réduire la dépendance à la Chine. La Bourse, elle, a tranché dans l'autre sens : le 13 octobre, l'action a chuté de 14,79 %, de 43,7 à 37,24 euros, pour une valorisation d'environ 1 milliard d'euros, les investisseurs redoutant la dilution et doutant du retour à la rentabilité.
Les arguments pour
- Nickel, manganèse, lithium : des métaux dont la France ne veut pas dépendre de la Chine Ces métaux entrent dans les batteries, les alliages et l'acier inoxydable, donc dans la transition énergétique et la défense. Laisser tomber le seul grand groupe minier français, ou le laisser passer sous contrôle étranger, reviendrait à s'en remettre à des fournisseurs que l'on cherche justement à contourner.
- Sans cet argent, le groupe risquait la faillite Après 477 millions d'euros de pertes en 2025 et 195 millions de plus au premier semestre, Eramet juge l'augmentation de capital « essentielle ». L'État, déjà seul financeur de la filiale calédonienne, préserve ainsi les activités du groupe, dont celles de Nouvelle-Calédonie, du Gabon et du Sénégal.
Les arguments contre
- L'État remet au pot dix ans après un prêt de 525 millions Le sauvetage de 2015-2016 n'a pas empêché le retour des pertes. Avant de réinjecter jusqu'à 500 millions d'euros d'argent public, rien ne garantit que les causes, cours du nickel et coûts élevés, ne se reproduiront pas.
- Les marchés ne croient pas au redressement : -15 % en une séance Le jour de l'annonce, l'action a perdu 14,79 % et le groupe ne vaut plus qu'environ 1 milliard d'euros en Bourse, soit deux fois le montant que l'État s'apprête à mobiliser. Les investisseurs, eux, refusent de suivre.
- Payer sans prendre le contrôle En restant sous 50 %, l'État obtient un pouvoir de blocage mais pas la direction du groupe, tandis que la famille Duval conserve près de 30 % du capital. Le contribuable porte le risque sans avoir la main sur la stratégie qui a conduit aux pertes.
Sources
- Eramet : l'État français devient premier actionnaire avec 500 M€, Economie Matin (2026)
- L'État va devenir le premier actionnaire d'Eramet, Le Journal des Flandres (AFP) (2026)
- Eramet : l'État français va devenir le premier actionnaire du groupe minier en difficulté, La Dépêche de Nouvelle-Calédonie (2026)
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