Faut-il envoyer des humains sur Mars ?

· Sciences et numérique

De retour de 235 jours en orbite, l'astronaute Sophie Adenot a estimé que l'humain « n'est pas prêt pour aller sur Mars », à une semaine du départ d'une sonde vers les lunes martiennes.

Un astronaute en combinaison blanche flotte dans le noir de l'espace au-dessus de la courbure de la Terre
Photo : NASA / Unsplash (licence Unsplash), recadrée

Le contexte

« On n'est pas prêt, il nous faut des ruptures technologiques. » Cinq jours après son amerrissage dans le Pacifique, Sophie Adenot a douché les rêves martiens lors d'une conférence de presse de l'Agence spatiale européenne à Cologne. Avec 235 jours à bord de la Station spatiale internationale, la Française détient désormais le record européen de durée dans l'espace.

Son argument est d'abord physique. Après huit mois en apesanteur, « on se retrouve avec des incapacités physiologiques et des difficultés à gérer le b.a-ba », raconte-t-elle, rappelant que plus de la moitié des astronautes ressentent une grande faiblesse et des vomissements en arrivant. Un trajet vers Mars dure six à neuf mois : « imaginez le carnage ». Elle voit une piste dans la gravité artificielle d'un vaisseau en rotation, mais « quelques étapes clés » restent à franchir.

Les robots partent les premiers

Pendant ce temps, les machines y vont. Le 20 octobre, la sonde japonaise MMX doit décoller de Tanegashima avec à son bord Idefix, un petit rover franco-allemand construit par le CNES et l'agence spatiale allemande, qui roulera sur Phobos, une lune de Mars où la gravité est environ 1 800 fois plus faible que sur Terre. La mission doit ramener plus de 10 grammes d'échantillons sur Terre en 2031, dont une part reviendra à la France.

Côté humain, les ambitions les plus bruyantes viennent de SpaceX. En mars 2025, Elon Musk annonçait un départ de sa fusée Starship vers Mars fin 2026 avec un robot à bord, puis des atterrissages humains « dès 2029 », « 2031 » lui semblant « plus probable », tout en reconnaissant devoir encore prouver la fiabilité de l'engin et sa capacité à se ravitailler en orbite.

Les arguments pour

  • Se fixer Mars comme but force les ruptures technologiques dont parle Adenot L'astronaute elle-même désigne la solution, la gravité artificielle d'un vaisseau en rotation, et les étapes qui manquent. Ces étapes ne seront franchies que si une mission les exige. Sans objectif habité, la recherche sur le corps humain dans l'espace et sur les vaisseaux de longue durée n'a aucune raison d'aboutir.
  • Les Américains iront de toute façon ; mieux vaut y être que regarder SpaceX vise des atterrissages humains entre 2029 et 2031, selon Elon Musk. Si ce calendrier se tient, même en retard, l'Europe qui construit déjà des rovers comme Idefix aura le choix entre participer à l'aventure ou la suivre à la télévision. Renoncer par principe, c'est laisser d'autres écrire la suite.

Les arguments contre

  • Le corps humain ne supporte pas un voyage de six à neuf mois, dit celle qui vient de le vivre Après huit mois à bord de l'ISS, Sophie Adenot décrit des « incapacités physiologiques » au retour, et plus de la moitié des astronautes arrivent affaiblis et nauséeux. Sur Mars, personne ne sera là pour aider l'équipage à sortir de la capsule. Envoyer des humains avant d'avoir résolu ce problème, c'est les envoyer au « carnage », selon son mot.
  • Les robots rapportent déjà des échantillons sans risquer une vie La sonde MMX et le rover Idefix doivent explorer Phobos et rapporter de la matière martienne sur Terre en 2031, où elle sera analysée dans des laboratoires bien mieux équipés que n'importe quel vaisseau. La science avance ainsi pour une fraction du coût et du danger d'une mission habitée.

Sources

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