Enfariner un responsable politique est-il une forme de protestation acceptable ?

· Politique et démocratie

Raphaël Glucksmann a été enfariné à Paris le 11 octobre au soir, juste après sa victoire à la primaire de la gauche sociale-démocrate.

Le contexte

Dimanche 11 octobre au soir, Raphaël Glucksmann quitte La Cantine de Belleville, le bar parisien où il fête sa désignation comme candidat de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle. Alors qu'il rejoint un taxi, une personne placée derrière lui vide un paquet de farine sur sa tête, puis s'enfuit. Un peu plus tôt, selon le journaliste Paul Larrouturou cité par LCP, une femme se présentant comme soutien de Jean-Luc Mélenchon lui avait lancé du riz depuis un balcon.

Le lendemain, le candidat a accusé des militants de La France insoumise de le harceler, de l'insulter ou de l'enfariner lors de ses déplacements, et demandé à Jean-Luc Mélenchon de désavouer ces gestes. Son porte-parole, le sénateur Alexandre Ouizille, parle d'une « forme d'empêchement démocratique » et d'incidents « de plus en plus réguliers ». Jordan Bardella lui a apporté son soutien en dénonçant « une violence inacceptable ». Raphaël Glucksmann a aussi annoncé qu'il ne se rendrait pas aux prochaines manifestations lycéennes.

Ce que risquent les enfarineurs

Le geste n'est pas nouveau : François Hollande avait été enfariné en 2012, François Fillon en avril 2017 à Strasbourg. Dans ce dernier cas, les deux auteurs, placés en garde à vue pour violences, ont été convoqués pour un simple rappel à la loi, faute de plainte. À Lyon, deux opposants qui avaient enfariné le président de la Métropole en 2018 ont été condamnés pour outrage à 1 000 euros d'amende avec sursis.

Ses défenseurs y voient une humiliation sans blessure, à la portée de citoyens qui n'ont ni micro ni tribune. Le geste n'en reste pas moins un contact physique imposé, cette fois au premier jour d'une campagne présidentielle.

Les arguments pour

  • Un sac de farine humilie mais ne blesse pas La justice traite d'ailleurs ces gestes comme des infractions mineures. Les deux hommes qui avaient enfariné François Fillon en 2017 ont reçu un rappel à la loi, qui n'est pas inscrit au casier judiciaire. À Lyon, les auteurs d'un enfarinage ont écopé d'une amende avec sursis.
  • C'est l'un des rares moyens d'interpeller un élu quand on n'a pas de tribune À Lyon, les deux opposants qui ont enfariné le président de la Métropole contestaient un budget de 1,8 million d'euros consacré à la surveillance de bâtiments vides. Un geste spectaculaire, filmé et commenté, attire l'attention sur une revendication que personne n'aurait relayée autrement.

Les arguments contre

  • Les candidats finissent par éviter le contact avec le public Après l'enfarinage, Raphaël Glucksmann a renoncé à se rendre aux prochaines manifestations lycéennes, et un député socialiste a jugé risqué de l'y encourager. Plus ces gestes se multiplient, plus les responsables politiques se protègent et se tiennent à distance des électeurs.
  • Toucher quelqu'un contre son gré reste une violence, même sans blessure En 2017, les enfarineurs de François Fillon ont été placés en garde à vue pour violences volontaires. À Nantes, l'homme qui avait enfariné la maire en 2018 a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour violences sur une personne chargée d'une mission de service public.
  • Tolérer ces gestes banalise l'intimidation pendant la campagne Le porte-parole de Raphaël Glucksmann décrit des incidents « de plus en plus réguliers » lors de ses déplacements. Jordan Bardella, adversaire politique du candidat, a lui aussi dénoncé une violence inacceptable en rappelant que les petites agressions comptent.

Sources

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