Donald Trump a-t-il raison de lier les violences du 17 octobre à l'immigration ?

· Europe et international

Après les émeutes du 17 octobre, Donald Trump a écrit que « La France brûle ! » à cause de l'immigration, puis affirmé depuis la Maison-Blanche que Paris deviendrait bientôt « une ville musulmane ».

Portrait de Donald Trump en costume sombre et cravate rouge, devant un drapeau américain
Photo Library of Congress (2016), Unsplash (licence Unsplash) ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le dimanche 18 octobre, au lendemain des émeutes et des pillages qui ont accompagné les manifestations du 17 octobre, Donald Trump a rendu l'immigration responsable des violences dans un message publié sur sa plateforme Truth Social. « La France brûle ! L'immigration de personnes issues d'un monde totalement différent, des personnes qui ont la haine au coeur, a brisé ce pays autrefois grand », a écrit le président américain, avant de lancer : « Fermez vos frontières et reprenez le contrôle, avant qu'il ne soit trop tard ! »

Il a ensuite enfoncé le clou depuis la Maison-Blanche. Il affirme avoir averti Emmanuel Macron, qu'il présente comme un ami, il y a des années déjà, qu'il commettait « une grave erreur » en laissant entrer des immigrés : « Nous avons fermé nos frontières. Lui, ne l'a pas fait ». Et de prédire que Paris deviendrait bientôt « une ville musulmane ».

En France, Jordan Bardella a tenu un discours voisin le 19 octobre sur Europe 1 et CNews : « Il faut arrêter l'immigration », a dit le président du Rassemblement national, pour qui une grande partie des auteurs des pillages « sont des gens issus de l'immigration, qui ne se sentent pas français », et « une grande partie des problèmes de notre pays vient d'une incapacité à assimiler des populations ».

Ce que décrivent les enquêteurs

Les premiers éléments de l'enquête dressent un tableau plus composite. Les auteurs sont « entre 95 et 98 % d'hommes » et « 70 % de majeurs », selon le bilan rapporté par Sud Radio, avec « 2 500 gardes à vue depuis samedi », selon le porte-parole du ministère de la Justice le 20 octobre. Les profils vont des militants radicaux aux pillards d'opportunité, en passant par des groupes de jeunes et des récidivistes connus de la police. À Mulhouse, une source policière estime que près de 90 % des auteurs de violences urbaines seraient des « casseurs d'opportunité ». La procureure de Paris indique que les mis en cause des premiers dossiers clos sont « en grande majorité peu connus » de la justice, le profil pouvant évoluer pour les faits les plus graves. Le bilan rapporté par Sud Radio ne mentionne ni la nationalité ni l'origine des personnes interpellées.

Selon une source sécuritaire citée par l'AFP, les services de renseignement estiment que l'ultragauche et l'extrême gauche radicale ont été en pointe dans les débordements, sans être à l'origine des pillages. Ceux-ci seraient le fait d'un mélange de personnes répondant à « des appels sur les réseaux sociaux » : des groupes essentiellement composés de jeunes hommes, venus des quartiers « en très grand nombre par opportunisme », quelques gilets jaunes et des jeunes plus politisés.

Les arguments pour

  • Pour le président du RN aussi, une grande partie des pilleurs sont issus de l'immigration Jordan Bardella l'a dit le 19 octobre sur Europe 1 et CNews : « Une grande partie des pilleurs sont des gens issus de l'immigration, qui ne se sentent pas français », et « une grande partie des problèmes de notre pays vient d'une incapacité à assimiler des populations ». Ceux qui approuvent Donald Trump y voient le même diagnostic, posé de l'intérieur.
  • Trump met en avant un choix politique : il a fermé ses frontières, la France ne l'a pas fait « Nous avons fermé nos frontières. Lui, ne l'a pas fait », résume le président américain à propos d'Emmanuel Macron, après avoir lancé à la France : « Fermez vos frontières et reprenez le contrôle ». Pour ses partisans, c'est une question de volonté politique, et la France paierait le prix de ne pas avoir tranché.

Les arguments contre

  • Les enquêteurs décrivent des profils multiples, sans lien établi avec l'immigration Militants radicaux, groupes de jeunes, pillards d'opportunité, récidivistes connus de la police. Les seules données chiffrées du bilan rapporté par Sud Radio portent sur le sexe (« entre 95 et 98 % d'hommes ») et l'âge (« 70 % de majeurs ») des auteurs. À Mulhouse, une source policière parle de près de 90 % de « casseurs d'opportunité ». Rien dans ces éléments ne relie les violences à l'immigration.
  • Le renseignement attribue les débordements à l'ultragauche, pas à une population Selon une source sécuritaire citée par l'AFP, les services de renseignement placent en pointe des débordements l'ultragauche, « groupuscules violents radicaux, en marge du champ démocratique et républicain », et l'extrême gauche radicale. Les pillages, eux, auraient suivi « des appels sur les réseaux sociaux » et mêlé jeunes des quartiers, gilets jaunes et militants, soit un phénomène social et politique plutôt que migratoire.

Sources

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