Faut-il pouvoir désactiver pour de bon les aides à la conduite obligatoires sur les voitures neuves ?

· Sciences et numérique

Depuis juillet 2024, les voitures neuves embarquent des aides à la conduite obligatoires qui se réactivent à chaque démarrage ; Renault et Dacia ont ajouté un bouton « My Safety » qui coupe en deux pressions celles que le conducteur a choisies, présenté par la directrice générale de Dacia comme le plus utilisé de ses voitures.

Gros plan sur un volant Dacia avec le logo de la marque et les voyants du tableau de bord allumés
Photo Gábor Szlonkai, Unsplash (licence Unsplash), Budapest (Hongrie) ; recadrée en 3:4

Le contexte

« À compter du 7 juillet 2024, toutes les voitures neuves devront obligatoirement être équipées » d'une série d'aides à la conduite, écrivait Que Choisir en 2024 : « freinage automatique en cas d'obstacle », « alerte et correction du franchissement de voie », « alerte de vitesse excessive, dite « ISA » ». C'est le règlement européen GSR2. Comme le résume Génération NT, « La législation autorise leur désactivation temporaire, mais ils sont réactivés par défaut à chaque démarrage. »

Le bouton que Dacia appelle « magique »

Face aux bips, Renault et Dacia ont installé une commande physique, le « My Safety Switch » : « en une double pression, il active un profil personnalisé préalablement configuré par le conducteur », qui coupe par exemple l'alerte de survitesse « tout en conservant, par exemple, l'aide au maintien dans la voie ». « Baptisé « bouton magique » en interne », selon Presse-citron, il est devenu, d'après Katrin Adt, directrice générale de Dacia, « Le bouton le plus utilisé dans nos voitures ». La règle européenne reste la même : « les aides reviennent à leur réglage par défaut à chaque nouveau démarrage ». Il faut donc refaire le geste à chaque trajet.

Ce que l'Europe attend de ces systèmes

« L'objectif des autorités est évidemment de réduire la mortalité routière », écrit Presse-citron. Selon L'Automobiliste, « La Commission européenne table sur 25 000 vies sauvées et 140 000 blessures graves évitées d'ici 2038 », mais « ces bénéfices s'effondrent si les systèmes sont désactivés dès le démarrage ». Les constructeurs, eux, se plaignent : l'ACEA, qui les représente en Europe, déplore un système d'alerte de vitesse qui « déclenche trop de fausses alertes en raison d'une lecture incorrecte de la signalisation », et Katrin Adt estime que ces normes représentent « 25% de notre budget de R&D et 25% de nos ingénieurs ». Et de demander : « La question est de savoir si c'est exactement ce dont le client a besoin et ce qu'il veut. »

Les arguments pour

  • Une alerte qui sonne à tort finit par être ignorée, y compris le jour où elle a raison L'ACEA, l'association des constructeurs européens, déplore un système d'alerte de vitesse qui déclenche trop de fausses alertes à cause d'une lecture incorrecte de la signalisation. Un conducteur qui subit des bips injustifiés à chaque trajet apprend à ne plus les écouter, et le bouton magique de Dacia montre que beaucoup les coupent de toute façon : autant leur permettre de régler leur voiture une bonne fois.
  • Refaire le même geste à chaque démarrage n'apporte rien quand le conducteur a déjà choisi La réglementation autorise la désactivation, mais seulement pour le trajet en cours. Imposer deux pressions à chaque mise en route ne change pas la décision du conducteur, cela l'agace. Un réglage mémorisé, choisi dans le menu de la voiture, respecterait ce choix sans retirer les aides à ceux qui les veulent.

Les arguments contre

  • Ces systèmes doivent sauver 25 000 vies d'ici 2038, à condition de rester allumés La Commission européenne table sur 25 000 vies sauvées et 140 000 blessures graves évitées d'ici 2038, selon L'Automobiliste, qui précise que ces bénéfices s'effondrent si les systèmes sont désactivés dès le démarrage. La réactivation automatique est précisément ce qui garantit que le freinage d'urgence ou l'alerte de franchissement de voie fonctionnent le jour où un conducteur distrait en a besoin.
  • Derrière le confort du conducteur, les constructeurs défendent surtout leur budget La patronne de Dacia chiffre les normes à 25 % du budget de recherche et 25 % des ingénieurs de la marque, et demande si c'est vraiment ce que le client veut. Laisser couper définitivement les aides obligatoires reviendrait à vider le règlement européen de sa substance, au bénéfice des industriels plutôt que des usagers de la route.

Sources

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