Approuvez-vous la dérogation accordée aux céréaliers pour désherber l’orge avec le triallate ?

· Environnement et énergie

Le ministère de l’Agriculture autorise jusqu’au 21 janvier 2027, sur l’orge d’hiver, un herbicide à base de triallate que l’Anses avait refusé en 2018 et en 2023.

Tracteur bleu tirant un pulvérisateur agricole, rampes repliées, en bordure d’un champ cultivé
werktuigendagen, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:New_Holland_TS125_with_Delvano_sprayer.jpg), recadrage 3:4

Le contexte

Cet automne, des céréaliers qui sèment leur orge d’hiver peuvent utiliser l’Avadex Factor, un désherbant à base de triallate que l’Anses avait refusé d’autoriser en 2018 puis en 2023. Le ministère de l’Agriculture a accordé le 22 septembre une dérogation de 120 jours, valable du 23 septembre 2026 au 21 janvier 2027. La demande venait de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), rattachée à la FNSEA.

Ce que permet la dérogation

Le produit est pulvérisé juste avant le semis, puis enfoui dans le sol dans les deux heures. Il vise les graminées sauvages qui poussent au milieu de l’orge : vulpin, ray-grass, folle avoine. Le volume est plafonné à 90 000 litres, de quoi traiter environ 33 000 hectares selon l’AGPB.

Les conditions d’usage sont serrées. Pas plus de 2,7 litres par hectare, un seul passage tous les trois ans sur une même parcelle, aucun épandage dans les périmètres de protection des captages d’eau potable, et une bande non traitée de 20 mètres près des points d’eau et des habitations. Le ministère s’appuie sur un règlement européen de 2009 qui permet un usage limité en cas d’« urgence phytosanitaire ». Il parle d’une « nécessité absolue » pour l’orge. La substance reste approuvée dans l’Union européenne jusqu’en mars 2027, et le ministère prévoit de refaire le point à cette date.

Pourquoi l’Anses avait refusé

L’agence sanitaire a écarté le produit à cause des risques de contamination des eaux souterraines et pour les organismes aquatiques. Selon les modèles réglementaires cités par Vert, un produit de dégradation du triallate pourrait dépasser largement les seuils de qualité de l’eau potable. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a aussi rangé la génotoxicité, c’est-à-dire la capacité à abîmer l’ADN, parmi ses points de préoccupation critiques. Les Pays-Bas, chargés d’évaluer la substance, avaient pourtant jugé cet effet peu probable en 2021, rappelle le site Agriculture & Environnement.

Ce que réclament les céréaliers

Les producteurs d’orge disent manquer d’outils. Contre les graminées, l’orge d’hiver dispose de moins de solutions que le blé tendre. Et le flufénacet, la molécule jugée la plus efficace contre le vulpin et le ray-grass devenus résistants à d’autres herbicides, ne pourra plus être utilisé à partir de 2027. L’Avadex Factor est par ailleurs autorisé en Espagne, en Italie, en Irlande et en Belgique.

Le recours des associations

Générations Futures qualifie la décision de « totalement irresponsable » et accuse la ministre Annie Genevard d’ignorer les avis de l’Anses. L’association prépare un recours en référé avec France Nature Environnement. Pour elle, les périmètres de protection ne couvrent pas toute la zone qui alimente les captages, et les règles d’usage seront difficiles à contrôler. Fin mai, devant le congrès de l’AGPB à Nancy, la ministre avait elle-même encouragé les céréaliers à demander ce type de dérogation.

Les arguments pour

  • Sans triallate, l’orge d’hiver manquera de désherbants contre le vulpin résistant Le vulpin et le ray-grass résistent de plus en plus aux herbicides et concurrencent la culture là où ils s’installent. L’orge d’hiver a déjà moins de produits contre ces graminées que le blé tendre, et le flufénacet, jugé le plus efficace même sur les populations résistantes, ne pourra plus être utilisé à partir de 2027. Le triallate, appliqué avant le semis, offre une solution de transition en attendant les nouvelles molécules que préparent BASF et FMC.
  • Les céréaliers espagnols, italiens ou belges disposent déjà de ce produit Le triallate reste approuvé dans l’Union européenne jusqu’en mars 2027, et l’Avadex Factor est autorisé en Espagne, en Italie, en Irlande et en Belgique, selon le site Agriculture & Environnement. Sans dérogation, un producteur français vendant son orge sur le même marché européen affronterait les mêmes mauvaises herbes avec moins de moyens. La dose maximale fixée en France, 2,7 litres par hectare, est d’ailleurs inférieure à celle permise en Espagne (3,6 litres).
  • L’usage est limité à peu de parcelles et tenu à l’écart des captages Les 90 000 litres disponibles couvrent environ 33 000 hectares. Le produit doit être enfoui dans le sol dans les deux heures, ne peut revenir sur une parcelle qu’une année sur trois et reste interdit dans les périmètres de protection des captages, avec 20 mètres non traités près des points d’eau. Le ministère estime que ces règles limitent les effets sur les eaux souterraines, et l’autorisation s’arrête le 21 janvier 2027.

Les arguments contre

  • L’eau potable reste exposée à un risque que l’Anses a jugé trop élevé L’agence a refusé deux fois ce produit en invoquant la contamination des eaux souterraines. D’après les modèles réglementaires cités par Vert, un produit de dégradation du triallate pourrait dépasser largement les seuils de qualité de l’eau potable. Générations Futures souligne que les périmètres de protection ne couvrent pas toute la zone qui alimente un captage : selon l’association, une parcelle traitée juste à l’extérieur peut encore se trouver en amont d’une ressource en eau potable.
  • Une procédure d’urgence permet de passer outre deux refus de l’Anses La dérogation de 120 jours repose sur un dossier bien plus léger qu’une autorisation classique et ne passe pas par une nouvelle évaluation de l’Anses, souligne Générations Futures. Renouvelée d’un automne à l’autre, elle permettrait d’utiliser chaque saison un produit que l’agence a refusé deux fois. La ministre avait elle-même encouragé les céréaliers à demander ces dérogations en mai, et une autre a été accordée pour le spirotétramate, un insecticide utilisé dans les vergers.
  • Les cours d’eau voisins risquent de recevoir une substance très toxique pour la vie aquatique Le triallate est très toxique pour les organismes aquatiques, un risque que l’Anses avait retenu dans ses refus. La bande de 20 mètres et les buses anti-dérive réduisent les projections vers les fossés et les rivières, mais Générations Futures estime que ces règles seront difficiles à contrôler et que leur efficacité n’a pas été évaluée.

Sources

Sondage clos le .

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