Un commerçant a-t-il raison de s'armer pour défendre sa boutique contre les casseurs ?
· Société
Après les pillages du week-end du 17 octobre, des commerçants de Bordeaux disent s'équiper de bombes lacrymogènes ou de barres de fer pour défendre leur magasin, rapporte Europe 1 le 20 octobre.
Le contexte
À Bordeaux, Caroline, vendeuse de prêt-à-porter, a choisi de garder une bombe lacrymogène à portée de main : « Comme nous ne sommes que deux femmes dans notre commerce, moi j'ai une bombe lacrymo derrière moi. » Dans un magasin de streetwear, le propriétaire adopte une position plus radicale, rapporte Europe 1 le 20 octobre : « Si on a des casseurs, on est armés. Des armes qui fassent mal ou qui fassent peur. Par exemple des barres de fer. »
Tous les commerçants ne suivent pas. Face à des groupes « équipés et parfois casqués », la riposte inquiète Sophie, une autre commerçante. D'autres préfèrent ne pas s'équiper, par crainte d'un face-à-face avec les casseurs, « mais aussi de conséquences judiciaires s'ils tentent de se défendre ».
Le bilan pour les commerces
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait état « d'au moins 3 000 » commerces touchés par les dégradations et les vols du week-end à travers le pays. Les représentants du commerce parlent de « des centaines de millions d'euros » de dégâts, sans chiffrage précis pour l'heure. Le Premier ministre a annoncé la mise en place d'un fonds spécifique de soutien pour répondre aux besoins de trésorerie des commerçants, et le chômage partiel, pris en charge à 100 %, rendu possible dès le mardi 20 octobre.
Depuis le week-end, des vidéos de commerçants et de riverains tenant tête aux pilleurs circulent sur les réseaux sociaux. Pierre, employé d'un magasin Micromania, a raconté sur BFM TV qu'il s'était placé « devant en espérant que les gens n'essaieraient pas d'entrer trop violemment ». D'autres vidéos largement relayées montrent un homme giflant un pilleur à Saint-Étienne et, à Mulhouse, des employés d'une boutique de téléphonie mobile repoussant des personnes. Euronews rappelle que des centaines de policiers, de gendarmes et de pompiers ont été blessés.
Ce que permet la loi
Pour que la légitime défense existe, cinq conditions doivent être réunies, rappelle le site service-public.gouv.fr ; trois portent sur la riposte elle-même. « La défense doit être immédiate, c'est à dire que l'acte de défense doit intervenir dans le temps de l'agression », elle « doit être nécessaire à sa protection, c'est-à-dire que la seule solution est la riposte », et elle « doit être proportionnelle, c'est-à-dire égale à la gravité de l'attaque ». Pour protéger des biens, une limite est absolue : « La légitime défense des biens ne peut ainsi jamais justifier un homicide volontaire ». C'est à celui qui invoque la légitime défense d'en apporter la preuve.
Les arguments pour
- Quand la police a perdu le contrôle, le commerçant est seul face aux pilleurs Le ministre de l'Intérieur l'a reconnu le 19 octobre à propos du 17 : « Oui nous avons perdu le contrôle dans certaines grandes villes », qu'il attribue « en partie » à « un manque d'anticipation sur les forces disponibles ». Au moins 3 000 commerces ont été touchés. Des commerçants bordelais en tirent la conclusion : une vendeuse garde une bombe lacrymogène parce qu'elles ne sont « que deux femmes » dans la boutique, un propriétaire se dit prêt à sortir des barres de fer.
- Des employés ont tenu tête aux pilleurs à mains nues, et le public les a salués Un employé de Micromania s'est posté devant son magasin en espérant que les pilleurs n'essaieraient pas d'entrer trop violemment ; à Mulhouse, des employés d'une boutique de téléphonie ont repoussé des intrus. Ces récits suscitent des élans de soutien. Pour les partisans de l'armement, mieux vaut un moyen de dissuasion que compter sur la retenue des pilleurs.
Les arguments contre
- Une barre de fer contre un groupe de casseurs, c'est risquer sa vie pour de la marchandise Des centaines de policiers, gendarmes et pompiers ont été blessés pendant le week-end, face à des groupes « équipés et parfois casqués », décrit Europe 1. Un commerçant seul avec une arme improvisée n'a pas leur protection, et cette riposte inquiète Sophie, commerçante à Bordeaux, alors qu'un fonds de soutien et le chômage partiel ont été annoncés pour les commerces touchés.
- Un commerçant qui frappe un pilleur risque de se retrouver lui-même devant le juge La loi n'admet la riposte que si elle est immédiate, nécessaire et proportionnée à l'attaque, et la défense des biens ne peut jamais justifier un homicide volontaire. C'est au commerçant de prouver qu'il était en état de légitime défense. Des commerçants de Bordeaux redoutent déjà des conséquences judiciaires s'ils tentent de se défendre.
Sources
- « C'est parce que l'État ne fait pas son travail » : ces commerçants girondins qui décident de s'armer pour se défendre face aux casseurs, Europe 1 (2026)
- Les vidéos de commerçants et de riverains s'opposant à des casseurs suscitent un élan de sympathie, Euronews (2026)
- Pillages : « Au moins 3 000 » commerces touchés, pour des centaines de millions d'euros de dégâts, Public Sénat (2026)
- Qu'est-ce que la légitime défense ?, Service-public.gouv.fr (2026)
- Mobilisations du 17 octobre : le ministre de l'Intérieur reconnaît « un manque d'anticipation » et a proposé sa démission, LCP (2026)
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