Le Centre national du cinéma doit-il aider financièrement les créateurs de vidéos des réseaux sociaux ?

· Culture et médias

Le CNC a annoncé le 5 novembre la relance en 2027 de son fonds d'aide aux créateurs des plateformes sociales, doté de six millions d'euros, après une polémique sur l'impartialité de sa commission.

Un vidéaste coiffé d'un bonnet règle une caméra montée sur un trépied dans un studio.
Kyle Loftus / Unsplash (licence Unsplash), recadrage 3:4

Le contexte

En début d'année, le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) avait créé un fonds d'aide aux créateurs de vidéos publiées sur les plateformes sociales. Il remplaçait l'ancien dispositif CNC Talent, avec une dotation annuelle portée de deux à trois millions d'euros, et était réservé à la « création patrimoniale » : les journaux et émissions d'information en étaient exclus.

Le fonds a été suspendu après une polémique. Fin mars, la streameuse Ultia, membre de la commission qui choisit les projets, avait déclaré qu'elle mettrait son veto à tout dossier « proposé délibérément par quelqu'un d'extrême droite ». Le CNC a mis fin à sa mission pour « méconnaissance grave de ses obligations déontologiques », et son président, Gaëtan Bruel, fait état de menaces contre des membres de la commission et des agents.

Le jeudi 5 novembre, lors de la Paris Creator Week, le CNC a annoncé la relance du fonds en 2027 avec six millions d'euros. Le plafond de 30 000 euros par projet disparaît : un projet pourra recevoir « plusieurs centaines de milliers d'euros » si la commission le décide. L'Union des métiers de l'influence et des créateurs de contenu (UMICC) salue « un premier pas », tout en jugeant l'enveloppe insuffisante.

L'économie des créateurs de contenus pèsera 9 milliards d'euros en France en 2026, selon une estimation du cabinet Coherent Market Insights. Selon la même étude, 56,1 % des quelque 330 000 personnes qui monétisent leurs contenus en France gagnent moins de 5 000 dollars par an.

Les arguments pour

  • Les petits créateurs n'ont pas les moyens de financer seuls un projet ambitieux Parmi les quelque 330 000 personnes qui monétisent leurs vidéos en France, 56,1 % gagnent moins de 5 000 dollars par an, selon Coherent Market Insights. Pour ces créateurs aux revenus modestes, une aide publique peut rendre possible un projet qu'ils ne pourraient pas financer seuls.
  • Les créateurs de vidéos en ligne méritent un soutien public à la création Le fonds est réservé aux œuvres de création patrimoniale et exclut les journaux et émissions d'information. L'Union des métiers de l'influence et des créateurs de contenu (UMICC) juge même l'enveloppe « en deçà des besoins d'un secteur en pleine structuration ».

Les arguments contre

  • Un marché estimé à 9 milliards d'euros peut se passer d'argent public Coherent Market Insights estime que l'économie des créateurs progressera de 23,7 % en un an en France en 2026. Les plateformes tirent déjà profit de ces vidéos : une aide publique financerait des contenus qui alimentent leur activité.
  • Une commission qui choisit des créateurs s'expose aux soupçons de partialité Une membre de la commission avait annoncé qu'elle bloquerait les dossiers venus de l'extrême droite, et le CNC a mis fin à sa mission. Avec la fin du plafond de 30 000 euros, un seul projet pourra recevoir plusieurs centaines de milliers d'euros. Chaque choix de la commission pèsera donc plus lourd.

Sources

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