Après son exécution ratée, le Tennessee doit-il renoncer à exécuter Christa Pike ?
· Justice et sécurité
Condamnée à mort au Tennessee, Christa Pike a survécu le 30 septembre à deux injections de pentobarbital ; sa peine reste juridiquement en vigueur.
Le contexte
Le 30 septembre au soir, Christa Pike devait devenir la première femme exécutée au Tennessee depuis plus de deux siècles. Elle a reçu deux doses de pentobarbital. Une heure plus tard, elle respirait encore. Transportée d’urgence à l’hôpital, elle est aujourd’hui consciente et capable de parler, selon ses avocats, avec de graves blessures aux bras et un pronostic incertain.
Âgée de 50 ans, elle avait été condamnée à mort en 1995 pour avoir torturé et tué une jeune femme de 19 ans. Elle-même en avait 18 au moment des faits.
Ce que prévoit la loi
Le code du Tennessee dispose que, si un condamné n’est pas exécuté « pour quelque raison que ce soit », sa peine reste pleinement en vigueur. Le bureau du procureur général n’a pas encore dit s’il demanderait une nouvelle date. En 1947, la Cour suprême américaine avait jugé conforme à la Constitution une seconde tentative sur la chaise électrique après un premier échec.
Le gouverneur Bill Lee, qui avait refusé sa grâce le 28 septembre, a depuis suspendu toutes les exécutions jusqu’à la fin de l’année et ordonné une enquête indépendante. Le chef de l’administration pénitentiaire a démissionné. Celle-ci affirme pourtant avoir suivi le protocole à la lettre.
Les avocats de Christa Pike ont renouvelé leur demande de grâce pour obtenir une détention à perpétuité sans libération possible. En mai, une autre exécution avait déjà été interrompue dans l’État, et le condamné avait obtenu un sursis d’un an.
Les arguments pour
- Recommencer reviendrait à lui faire subir deux fois la peine de mort Elle a reçu deux injections censées être mortelles et en garde de graves séquelles. Ses avocats parlent d’une exécution qui s’apparente à de la torture. Une seconde tentative ajouterait une souffrance que la condamnation de 1995 ne prévoyait pas.
- L’État a montré qu’il ne maîtrise pas sa propre procédure Le gouverneur a suspendu toutes les exécutions et lancé une enquête indépendante, et le chef de l’administration pénitentiaire est parti. C’est le deuxième échec dans l’État depuis mai. Tant que les causes ne sont pas connues, rien ne garantit qu’une nouvelle tentative se passerait mieux.
Les arguments contre
- Un incident technique ne doit pas effacer une condamnation confirmée depuis trente ans La loi du Tennessee prévoit que la peine reste en vigueur quand l’exécution échoue, quelle qu’en soit la raison. Renoncer reviendrait à accorder une grâce de fait, non pas parce que la justice a changé d’avis, mais parce que la procédure a raté.
- La gravité du crime n’a pas changé Christa Pike a été condamnée pour avoir torturé et tué une jeune femme de 19 ans. Le gouverneur avait examiné et rejeté sa demande de grâce deux jours avant l’exécution.
- La Cour suprême américaine a déjà admis une seconde tentative En 1947, dans l’affaire Willie Francis, elle a jugé qu’une nouvelle exécution après un premier échec de la chaise électrique ne violait pas la Constitution. Même si l’injection était écartée, l’État pourrait en principe recourir à une autre méthode.
Sources
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