Faut-il faire visiter une reconstitution de cellule de prison aux adolescents pour les détourner du trafic ?

· Justice et sécurité

À Villeurbanne, un ancien détenu a fait entrer mi-octobre des adolescents dans une reconstitution de cellule de 8 m², dans le cadre d'un programme municipal de prévention du trafic de drogue.

Une petite cellule de prison vue à travers les barreaux, avec un lit et des dessins au mur
Photo Oxana Melis, Unsplash (licence Unsplash), île d'Alcatraz, San Francisco (États-Unis) ; recadrée en 3:4

Le contexte

Mi-octobre, dans le quartier du Tonkin à Villeurbanne, près de Lyon, des adolescents sont entrés dans une cellule de prison de 8 m² installée sur une remorque. Elle reproduit celle de Yannick Deslandes, 57 ans, ancien trafiquant de drogue qui a passé 22 ans en prison. Selon l'AFP, on y trouve des lits superposés face aux toilettes, de la moisissure et un miroir cassé, avec un bruit de grilles qui claquent, de clés et de cris.

« Il n'y a pas d'intimité du tout », a résumé Rayane, l'un des quatre adolescents entrés dans la cellule. L'action fait partie du programme de la Ville de Villeurbanne « Prévenir la participation des jeunes aux trafics de stupéfiants », selon Lyon Capitale. Son coordinateur, Jeremy Flauraud, estime que les jeunes réagissent autrement face à quelqu'un qui a réellement vécu la prison.

Yannick Deslandes a créé l'association Mur'Mures en avril 2025. Il sillonne la France au gré des demandes et intervient aussi au collège et en prison. Il doit se rendre à Marseille puis à Nice. En avril 2026, sa cellule était installée à Nantes, dans le quartier des Dervallières. Il veut casser l'image d'une prison confortable. « La prison, ce n'est pas le Club Med », affirme-t-il. Il défend la pair-aidance, déjà utilisée chez les Alcooliques anonymes et en psychiatrie, et estime que la France a « 10 ans de retard ».

Aux États-Unis, des programmes qui font visiter de vraies prisons à des jeunes délinquants ou à risque ont été évalués. Une revue Cochrane publiée en 2022 a examiné neuf études sur le sujet. Elle conclut que ces programmes augmentent la délinquance et ne les recommande pas.

Les arguments pour

  • Entrer dans la cellule casse l'image d'une prison confortable La cellule montre l'absence d'intimité, la saleté et le bruit permanent, que les visiteurs nantais ont tous relevés. Le dispositif vise à corriger les idées fausses diffusées par les réseaux sociaux et certaines émissions de télévision, selon Nantes Métropole.
  • Les jeunes écoutent autrement quelqu'un qui a vraiment connu la prison Le coordinateur du programme villeurbannais constate que les jeunes réagissent autrement face à quelqu'un qui a vécu la détention. Yannick Deslandes leur raconte aussi que sa mère se privait parfois de nourriture deux ou trois jours pour lui envoyer de l'argent.

Les arguments contre

  • Les programmes de dissuasion par la peur ont augmenté la délinquance La revue Cochrane de 2022 a trouvé, sur neuf études menées aux États-Unis entre 1967 et 1992 auprès de 946 adolescents et jeunes adultes, plus de récidive chez les jeunes passés par une visite de prison que chez les autres. Ses auteurs déconseillent ce type de programme.
  • Aucune évaluation ne montre que la cellule détourne du trafic Les auteurs de la revue Cochrane demandent aux financeurs d'évaluer rigoureusement ces programmes. Les articles de Lyon Capitale et de Nantes Métropole ne mentionnent aucun bilan de l'effet de la cellule sur les jeunes ; à Nantes, seules les réactions des visiteurs juste après la visite sont rapportées.

Sources

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