Approuvez-vous le retrait du titre de champion d’Afrique au Sénégal au profit du Maroc ?
· Sport
Le Tribunal arbitral du sport examine ce 8 octobre l’appel du Sénégal, déclaré perdant par forfait d’une finale de la CAN qu’il avait gagnée 1-0 sur le terrain.
Le contexte
Le 18 janvier à Rabat, le Sénégal a battu le Maroc 1-0 après prolongation en finale de la Coupe d’Afrique des nations. Deux mois plus tard, la Confédération africaine de football (CAF) lui a retiré le titre : son jury d’appel a déclaré l’équipe sénégalaise forfait et homologué la finale sur le score de 3-0 pour le Maroc. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine l’appel du Sénégal ce jeudi 8 octobre à Lausanne, à huis clos. Aucun verdict n’est attendu le jour même, et aucune date n’a été annoncée.
Ce qui s’est passé à la 97e minute
À 0-0, dans le temps additionnel, l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala accorde un penalty au Maroc après visionnage de la VAR. Selon le rapport de l’arbitre cité par le jury d’appel, des joueurs et des membres du staff sénégalais regagnent alors les vestiaires sur instruction du sélectionneur, Pape Thiaw. Le match reste interrompu une quinzaine de minutes. À la reprise, Brahim Díaz manque son penalty, et Pape Gueye marque en prolongation.
Une sortie, deux lectures du règlement
Fin janvier, l’instance disciplinaire de la CAF rejette la réclamation marocaine et sanctionne les deux camps. Pape Thiaw écope de cinq matches de suspension et de 100 000 dollars d’amende, la fédération sénégalaise de 615 000 dollars d’amendes, la fédération marocaine de 315 000 dollars. Le score de la finale n’est pas touché.
Le 17 mars, le jury d’appel renverse cette décision, à quatre voix contre une selon Medias24. Il s’appuie sur l’article 82 du règlement de la CAN, qui vise l’équipe qui refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin sans l’autorisation de l’arbitre, et sur l’article 84, qui prévoit la défaite par forfait. Pour le jury, ce texte n’exige pas un abandon définitif : revenir sur la pelouse n’efface pas la faute.
La fédération sénégalaise demande au TAS d’annuler cette décision et de la déclarer vainqueur. Ses défenseurs rappellent que l’arbitre a lui-même fait reprendre le jeu et dirigé le match jusqu’au coup de sifflet final. L’appel n’étant pas suspensif, le Maroc reste pour l’instant champion d’Afrique.
Des règles durcies depuis
Le 28 avril, l’IFAB, qui fixe les lois du jeu, a autorisé à l’unanimité le carton rouge pour un joueur qui quitte le terrain en signe de protestation, et pour l’officiel qui l’y pousse, au choix de l’organisateur de la compétition. Une équipe qui provoque l’arrêt définitif d’un match doit en principe perdre par forfait. Ces règles, appliquées dès la Coupe du monde 2026, sont postérieures à la finale de Rabat.
Les arguments pour
- Quitter le terrain ne doit pas devenir un moyen de faire pression sur l’arbitre Le règlement de la CAN sanctionne l’équipe qui quitte la pelouse sans l’autorisation de l’arbitre, et le jury d’appel a jugé que ce texte n’exige pas un abandon définitif. Si une sortie d’un quart d’heure restait sans effet sur le score, une sélection pourrait contester ainsi un penalty en fin de finale, puis revenir sans rien risquer. L’avocat Romain Bizzini juge cette lecture stricte du texte la plus probable devant le TAS.
- Des amendes pèsent peu face à un titre continental En première instance, la CAF avait laissé le résultat intact et infligé 615 000 dollars d’amendes à la fédération sénégalaise, plus cinq matches de suspension et 100 000 dollars au sélectionneur. Pour une sélection qui joue une finale, ce prix peut sembler acceptable si la sortie fait basculer le match. Le forfait est la seule sanction qui retire tout bénéfice sportif à ce genre de pression.
- Le football mondial traite désormais ces sorties comme une faute grave En avril, l’IFAB, qui écrit les lois du jeu, a autorisé à l’unanimité le carton rouge pour un joueur qui quitte le terrain en protestation et pour l’officiel qui l’y incite. Ces règles sont arrivées après la finale de Rabat. Elles montrent pourtant que les instances voient dans ce geste une atteinte à l’autorité de l’arbitre, pas une simple protestation.
Les arguments contre
- L’arbitre a fait reprendre la finale et l’a menée à son terme Jean-Jacques Ndala n’a pas arrêté la rencontre : il a fait reprendre le jeu, fait tirer le penalty et dirigé la prolongation. Pour les défenseurs du Sénégal, les lois du jeu font de l’arbitre le seul juge du déroulement d’un match, et une interruption temporaire n’est pas un abandon. L’instance disciplinaire de la CAF avait d’ailleurs refusé, en janvier, de toucher au résultat.
- Le Maroc a tiré son penalty et a perdu sur le terrain La sortie des Sénégalais n’a pas privé le Maroc du penalty qu’ils contestaient : Brahim Díaz l’a tiré et manqué, puis son équipe a joué toute la prolongation et encaissé le but de Pape Gueye. Le forfait remplace cette défaite par une victoire 3-0 obtenue sans jouer. Le jury d’appel répond que disputer le match jusqu’au bout ne valait pas renonciation à réclamer.
- Perdre un trophée pour un quart d’heure d’interruption est disproportionné Les joueurs sénégalais sont revenus sur la pelouse et le match est allé à son terme. Les nouvelles règles de l’IFAB prévoient un carton rouge pour ce type de sortie et réservent en principe le forfait aux équipes qui provoquent l’arrêt définitif d’une rencontre. Une tribune publiée par Le Soleil, à Dakar, juge le retrait du titre sans rapport avec la gravité des fautes.
Sources
- Communication du TAS aux médias : audience et calendrier de procédure dans l’appel de la FSF contre la CAF et la FRMF, Tribunal arbitral du sport (2026)
- EXCLUSIF. Finale CAN 2025. Pourquoi la CAF a sanctionné le Sénégal, Medias24 (2026)
- Finale CAN : la CAF donne gain de cause au Maroc et inflige le forfait au Sénégal, Medias24 (2026)
- CAN 2025 - Lourdes sanctions après la finale Sénégal-Maroc, Midi Madagasikara, via AllAfrica (2026)
- Retrait du trophée de la CAN 2025 au pays - Un forfait mal fondé (tribune), Le Soleil, via AllAfrica (2026)
- L’IFAB approuve à l’unanimité l’exclusion de joueurs qui se couvrent la bouche pour dissimuler un comportement discriminatoire, FIFA (2026)
- Finale Maroc-Sénégal : faits, règlement, procédure… ce qu’il faut savoir avant l’audience au TAS, Le360 Sport (2026)
- Sénégal-Maroc : à quelle heure et comment va se dérouler l’audience devant le TAS ?, Afrik-Foot (2026)
- Titre de la CAN attribué au Maroc : on sait enfin quand le recours du Sénégal sera tranché, DH Les Sports+ (Belga) (2026)
- Romain Bizzini, avocat : « La finale de la CAN 2025 ne sera pas rejouée », TelQuel (2026)
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