Faut-il placer des mineurs délinquants sous bracelet électronique quand les institutions qui les accueillent manquent de places ?
· Europe et international
En Belgique, la Fédération Wallonie-Bruxelles lance un projet-pilote de 40 bracelets électroniques pour des mineurs sortant d'institution, faute de places suffisantes.
Le contexte
En Belgique, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a acté vendredi 23 octobre un projet-pilote de surveillance électronique pour les mineurs, un outil jusqu'ici réservé aux adultes côté francophone. 40 bracelets seront attribués à des jeunes sortant d'IPPJ, les institutions où sont placés des jeunes ayant commis des infractions. Ils serviront soit en fin de placement, soit en alternative à l'IPPJ.
Le dispositif répond à un manque de places : quelque 300 jeunes attendent actuellement une place en IPPJ, selon la RTBF. La ministre de la Jeunesse, Valérie Lescrenier (Les Engagés), prévoit de porter le nombre de places de 245 à 301 d'ici 2028. Selon elle, le bracelet permettrait de libérer des places plus rapidement ; il s'adressera à des jeunes qui ont un logement et devra s'accompagner d'un suivi de réinsertion. Les modalités doivent encore être fixées avec les magistrats. Elle chiffre le coût à environ un million d'euros par an pour quarante bracelets.
Pour Martin Aubry, avocat spécialisé en droit de la jeunesse, le bracelet ajoute une restriction de liberté au lieu de miser sur la prévention et l'éducation. Il le juge aussi discriminatoire : la mesure n'est pas vécue de la même façon dans un foyer stable que dans un appartement de 50 mètres carrés. Le délégué général aux droits de l'enfant, Solayman Laqdim, estime qu'il faut agir sur les causes et doute de l'utilité d'un nouveau dispositif sans moyens supplémentaires pour le système existant.
Les arguments pour
- Le bracelet libérerait des places en institution pour les jeunes qui attendent un placement Quelque 300 jeunes attendent une place en IPPJ. Pour la ministre Valérie Lescrenier, faire sortir plus tôt certains jeunes sous bracelet permettrait de libérer des places plus rapidement.
Les arguments contre
- Surveiller un jeune ne règle pas ce qui l'a poussé à commettre des délits Le délégué général aux droits de l'enfant, Solayman Laqdim, estime qu'il faut agir sur les causes et non sur les effets. L'avocat Martin Aubry préférerait des mesures de prévention et d'éducation.
- Les jeunes qui vivent dans un petit logement seraient pénalisés Pour Martin Aubry, la mesure est discriminatoire : elle n'est pas vécue de la même façon dans un foyer stable que dans un appartement de 50 mètres carrés. Le dispositif exige aussi que le jeune ait un logement.
- Un million d'euros par an irait aux bracelets plutôt qu'au système existant, qui manque déjà de moyens Selon la ministre, quarante bracelets coûteront environ un million d'euros par an. Le délégué général aux droits de l'enfant, Solayman Laqdim, doute de l'intérêt de créer un nouveau dispositif sans donner au système existant les moyens de fonctionner.
Sources
- Face au manque de place en IPPJ, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles valide les bracelets électroniques pour mineurs, RTBF (2026)
- « Je ne veux pas que les bracelets électroniques soient développés au détriment des autres moyens destinés à l'aide à la jeunesse », La Libre Belgique (2026)
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