Faut-il baisser les taxes sur l'essence et le gazole pour faire baisser les prix à la pompe ?
· Économie et consommation
Le gouvernement mise sur ses stocks stratégiques pour faire baisser le gazole, tandis que l'association 40 millions d'automobilistes réclame une baisse des taxes d'au moins 50 centimes par litre.
Le contexte
Le litre de gazole se vendait autour de 2,35 euros en moyenne le 8 octobre, selon le relevé officiel cité par Selectra. Le 20 septembre, il avait atteint un record de 2,41 euros, d'après le Journal de l'économie, alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe le passage des pétroliers par le détroit d'Ormuz.
Pour faire baisser la facture, le Premier ministre Sébastien Lecornu a choisi de remettre sur le marché 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, sur trois mois. Le gouvernement en attend une baisse de 12 à 18 centimes par litre. L'essence n'est pas concernée : « C'est sur le diesel que les prix sont les plus élevés », a justifié la porte-parole Maud Bregeon.
Le 10 octobre, Sébastien Lecornu a ajouté 50 millions d'euros pour les communes rurales et promis une solution au cas par cas aux 339 stations-service isolées. Il doit recevoir les distributeurs de carburants à Matignon le 12 octobre.
Ce que réclament les automobilistes
Pour Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d'automobilistes, les stocks n'offriront qu'un répit. Il demande une baisse de la fiscalité d'au moins 50 centimes par litre, en jouant à la fois sur la TVA et sur les taxes propres aux carburants. Le Rassemblement national réclame aussi une baisse de la TVA sur l'énergie, quand Jean-Luc Mélenchon plaide pour un blocage des prix.
Ce que répond l'État
En 2026, l'accise prélève 68,29 centimes par litre de sans-plomb et 59,40 centimes par litre de gazole, et la TVA de 20 % s'applique aussi sur cette taxe, rappelait Public Sénat. En septembre, le ministre de l'Économie Roland Lescure écartait toute baisse des taxes et tout blocage des prix, au nom de l'état des finances publiques.
Les arguments pour
- La baisse prévue ne vaut que pour le gazole, et seulement trois mois Le déstockage doit faire gagner 12 à 18 centimes par litre de gazole pendant trois mois, puis les stocks seront reconstitués. Les automobilistes qui roulent à l'essence n'en profitent pas. Pierre Chasseray y voit un simple répit, qui suppose qu'aucune nouvelle tension internationale ne fasse remonter les cours.
- Les taxes sont la part du prix que l'État décide lui-même Sur chaque litre, l'accise prélève 68,29 centimes pour le sans-plomb et 59,40 centimes pour le gazole en 2026, puis la TVA de 20 % s'applique aussi sur cette taxe. Le cours du pétrole dépend du détroit d'Ormuz, alors que ces montants sont fixés à Paris : c'est le levier le plus direct pour soulager le budget des ménages.
Les arguments contre
- Une baisse coûterait des milliards à un État déjà en difficulté Ramener la TVA des carburants à 5,5 % coûterait près de 11 milliards d'euros selon le contre-budget du RN, plus de 17 milliards selon la ministre Maud Bregeon. Roland Lescure a écarté toute baisse au nom des finances publiques, en rappelant que la remise générale de 2022 avait coûté plusieurs milliards.
- L'effet d'une baisse de taxes peut être effacé par la hausse du pétrole En Italie, une réduction des accises d'environ 25 centimes par litre, pour 500 millions d'euros, a vu son effet largement absorbé par la hausse des cours, rapportait L'Essentiel de l'Éco. En France, la taxe flottante de 2000 à 2002 n'a fait baisser le litre que de 2,19 centimes en moyenne, selon la Cour des comptes.
- Le droit européen bloque une TVA réduite sur les carburants La directive européenne de 2006 limite les baisses de TVA à une liste de biens, et les carburants n'en font pas partie, rappelle Public Sénat. Une TVA à 5,5 % sur le plein, comme le demande le RN, se heurterait donc aux règles de l'Union.
Sources
- « Je ne vois aucun autre moyen que de baisser les taxes » : Pierre Chasseray réclame un choc fiscal sur les carburants, Europe 1 (2026)
- Gazole : l'État puise dans les stocks stratégiques, une baisse de 12 à 18 centimes attendue, Selectra (2026)
- Dotation de 50 millions pour les communes rurales, aide spécifique aux stations-service, annonce Lecornu (dépêche AFP), Sud Radio (2026)
- Carburants à 2,41 euros : Sébastien Lecornu réunit d'urgence les acteurs de l'énergie pour faire face à la crise, Journal de l'économie (2026)
- TVA à 5,5 %, taxe flottante, gel des prix : ce qu'il est possible de faire ou non pour baisser les prix des carburants, Public Sénat (2026)
- Crise carburants : Lecornu refuse toujours le blocage des prix, L'Essentiel de l'Éco (2026)
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