Faut-il utiliser les avoirs russes gelés en Europe pour financer l'Ukraine ?
· Europe et international
Après de nouvelles frappes russes meurtrières, Bruxelles reconnaît un « important déficit de financement » de l'aide à l'Ukraine pour 2027.
Le contexte
À Kramatorsk, plus de 30 personnes sont mortes quand une bombe planante russe a incendié deux bus. Ces derniers jours, les frappes ont aussi visé des voies ferrées, des centrales électriques, des écoles et des hôpitaux, et Kyiv a été plongée dans le noir à l'approche de l'hiver, rapporte Euronews.
L'argent manque. Le prêt européen de 90 milliards d'euros, approuvé l'an dernier, couvre les deux tiers des besoins de 2026 et 2027, et supposait une fin de la guerre en 2026. Kyiv réclame 70 milliards d'euros aux donateurs pour 2027, la Commission en prévoit 45 via ce prêt. Le commissaire Valdis Dombrovskis reconnaît un « important déficit de financement », alors que l'aide américaine fait défaut.
210 milliards immobilisés
L'Union européenne détient environ 210 milliards d'euros d'avoirs souverains russes gelés, dont 185 milliards chez Euroclear, à Bruxelles. Les intérêts qu'ils produisent servent déjà à aider l'Ukraine. En décembre 2025, les dirigeants européens ont renoncé à utiliser le capital lui-même et lui ont préféré un emprunt commun.
Qui pousse, qui freine
Fin août, la Suède, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne ont demandé à la Commission d'explorer de « nouvelles options ». La Belgique refuse tant que les autres pays ne lui garantissent pas une protection illimitée contre d'éventuelles représailles russes. La France, comme l'Italie, reste réticente, selon Euronews. En 2025, le ministre de l'Économie Éric Lombard jugeait qu'une saisie serait « contraire aux accords internationaux ».
Les arguments pour
- Faire payer la Russie plutôt que les contribuables européens Sans ces avoirs, l'aide passe par des emprunts communs ou des contributions nationales, que remboursent les Européens. « L'agresseur doit payer les conséquences de son agression », défend le ministre polonais Radosław Sikorski. En France, Gabriel Attal avançait le même argument en 2025.
- Le prêt européen ne suffira pas, et Washington ne prend plus le relais Kyiv demande 70 milliards d'euros pour 2027, la Commission en prévoit 45. Les autres pistes ont leurs limites : une nouvelle dette commune coûte plus cher à mesure que les taux montent, et des contributions bilatérales pèseraient surtout sur l'Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques.
Les arguments contre
- Toucher à ces fonds pourrait être jugé illégal Le Premier ministre belge Bart De Wever estime que leur utilisation pourrait être assimilée à une confiscation, interdite par le droit international. Le règlement européen qui gèle ces avoirs interdit d'en changer la propriété, et un juriste interrogé par Public Sénat prévient que leur mobilisation serait contestée.
- Les investisseurs étrangers pourraient fuir la zone euro Euroclear juge le dispositif « très fragile » et craint que des capitaux étrangers quittent l'Europe s'ils ne s'y sentent plus protégés. La Banque centrale européenne a refusé de garantir des liquidités d'urgence en cas de choc financier.
- Mieux vaut garder cet argent comme monnaie d'échange pour la paix Pour une partie des diplomates européens cités par Euronews, ces avoirs sont le levier le plus puissant de l'Union face à Moscou. Les dépenser maintenant priverait l'Europe d'un argument de poids le jour où s'ouvriront des négociations de paix.
Sources
- Face à l'escalade russe, l'UE prend conscience que son aide à l'Ukraine ne suffira pas, Euronews (2026)
- L'UE encore aux prises avec les épineuses questions des avoirs russes, Euronews (2026)
- Guerre en Ukraine : 5 questions sur les avoirs russes, ces 200 milliards d'euros qui dorment dans les caisses européennes, Public Sénat (2025)
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