L'administration française doit-elle se passer de Microsoft, comme s'y engagent les Pays-Bas ?

· Sciences et numérique

Les administrations fiscales, douanières et sociales néerlandaises ont gelé leur migration vers les services Microsoft et préparent un poste de travail libre sous Linux, rapporte Génération NT le 13 octobre.

Un ordinateur portable ouvert, dont l'écran affiche le fond bleu et le logo de Windows, posé sur une surface blanche
Photo : Erick Cerritos / Unsplash (licence Unsplash), recadrée

Le contexte

Aux Pays-Bas, près de 5 000 agents du fisc, des douanes et des services sociaux avaient déjà basculé sur Microsoft 365. Le gouvernement vient de stopper la migration, rapporte Génération NT : ces agents gardent leurs outils pour l'instant, mais les courriels doivent revenir sur des serveurs locaux d'ici 2027 et un bureau virtuel « souverain » baptisé DAWO, fondé sur Linux, Nextcloud, Collabora et Element, est testé par huit communes.

L'élément déclencheur, selon le site, est le blocage de la messagerie du procureur de la Cour pénale internationale sous pression de Washington : « une simple directive politique suffit à paralyser une institution entière ». Un audit du gouvernement néerlandais pointait aussi un chiffrement insatisfaisant et une « gestion opaque des métadonnées ». Les Pays-Bas travaillent avec le projet français La Suite et l'allemand openDesk.

Où en est la France

L'État français a lui aussi ses outils. La Suite numérique, créée par la direction interministérielle du numérique, réunit la messagerie Tchap, la visioconférence, un éditeur de documents et un tableur, hébergés en France ; elle revendique plus de 500 000 agents utilisateurs par mois dans quinze ministères. En février 2026, une circulaire a invité les administrations à « privilégier » les logiciels libres et les offres européennes, sans rien imposer, et l'État a annoncé en avril vouloir quitter Windows pour Linux, selon Clubic. Chaque ministère doit remettre cet automne une feuille de route pour réduire ses dépendances.

Dans le même temps, l'Éducation nationale a prolongé son contrat avec Microsoft jusqu'en 2029, pour environ 152 millions d'euros hors taxes, dont 130 millions de licences, et près d'un million de postes. « Le message envoyé est complètement contradictoire », écrit Clubic. La Cour des comptes jugeait en 2024 l'offre La Suite « peu lisible », Tchap ne remplace pas encore Teams pour les appels de groupe, et la migration de l'École polytechnique vers Microsoft 365 a été suspendue en 2025 après une action en justice d'un syndicat du logiciel libre.

Les arguments pour

  • Une décision politique prise à Washington peut couper les outils d'une administration C'est ce qui a décidé les Pays-Bas : la messagerie du procureur de la Cour pénale internationale a été bloquée sous pression américaine. Tant que les courriels, les documents et les visioconférences de l'État dépendent d'un fournisseur soumis au droit américain, la même panne volontaire peut frapper un ministère français.
  • Les outils publics existent et plus de 500 000 agents s'en servent déjà La Suite numérique propose messagerie, visio, documents et tableur, avec des données stockées et traitées en France, et l'Assurance maladie y a basculé 80 000 agents en avril. Le passage au libre n'est plus une utopie de spécialistes : il s'agit de généraliser ce qui tourne déjà dans quinze ministères.
  • Les voisins avancent : l'Allemagne impose les formats ouverts, les Pays-Bas coopèrent avec La Suite L'Allemagne a rendu le format ODF obligatoire dans son administration d'ici 2028 et les Pays-Bas s'appuient sur les projets français et allemand. Une France qui reste sous Microsoft se retrouverait isolée dans une Europe qui bâtit des outils communs, alors qu'elle en fournit déjà une partie.

Les arguments contre

  • Tchap ne remplace pas Teams, et vingt ans d'habitudes ne s'effacent pas par circulaire Les appels de groupe et l'intégration avec la messagerie manquent encore à Tchap, la plupart des documents restent au format Microsoft, et la conversion des fichiers complexes, macros et formulaires, est délicate. La Cour des comptes elle-même trouvait l'offre publique « peu lisible ». Imposer la bascule sans ces fonctions, c'est ralentir des centaines de milliers d'agents.
  • L'Éducation nationale vient de signer jusqu'en 2029 : rompre coûterait cher Le ministère a engagé environ 152 millions d'euros pour près d'un million de postes. Casser ce type de contrat, former les agents et migrer les données a un coût que la circulaire de février, non contraignante, n'a pas chiffré. Et le financement durable des logiciels libres reste, selon Clubic, « encore en construction ».

Sources

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