Uber Eats et Deliveroo doivent-ils suspendre les commandes dans les zones à risque pendant les manifestations ?

· Travail et protection sociale

Union-Indépendants, syndicat majoritaire des livreurs indépendants à vélo, demande à Uber Eats et Deliveroo de suspendre les commandes dans les secteurs dangereux lors des prochaines manifestations, après les violences du 17 octobre.

Un livreur à vélo, sac isotherme turquoise sur le dos, roule dans une rue piétonne éclairée de guirlandes
Photo Stefan Vibes, Unsplash (licence Unsplash), photo d'illustration ; recadrée en 3:4

Le contexte

Le 20 octobre, Union-Indépendants, syndicat majoritaire des livreurs indépendants à vélo, a demandé à Uber Eats et Deliveroo de protéger ses membres lors des prochaines manifestations, en commençant par suspendre les commandes dans les périmètres dangereux. Le syndicat a aussi transmis ses demandes aux ministères du Travail et des Transports.

Le 17 octobre, selon le syndicat, des livreurs et des chauffeurs VTC se sont retrouvés au milieu des heurts. Des coursiers ont traversé des cortèges envahis de gaz lacrymogène ou ont dû s'arrêter ; des VTC ont emprunté des rues à contresens pour échapper aux charges des forces de l'ordre. « Nous avons eu énormément de remontées de livreurs et chauffeurs VTC qui se sont retrouvés samedi au milieu du chaos sans pouvoir se mettre en sécurité », explique Fabian Tosolini, délégué national d'Union-Indépendants.

Ce que demande le syndicat

Au-delà de la suspension des commandes, Union-Indépendants réclame que les travailleurs puissent annuler une commande sans perte de rémunération, une compensation du manque à gagner, et un dispositif d'alerte en temps réel pour signaler les zones à risque. Il appelle aussi les restaurateurs et les clients à ne pas solliciter les livreurs dans des périmètres dangereux. De nouvelles manifestations sont annoncées le samedi 24 octobre, puis le 5 novembre.

Deliveroo indique avoir déjà suspendu sa plateforme à plusieurs endroits en France les 17 et 18 octobre, dont certains quartiers parisiens, et avoir lancé une compensation pour les commandes non livrées. Uber Eats dit avoir relayé les consignes des autorités et rappelle que les livreurs peuvent choisir de travailler ou non et refuser des commandes sans conséquence sur l'accès à leur compte ni sur les courses proposées. Les livreurs des deux plateformes sont des indépendants.

Les arguments pour

  • Un livreur pris dans une charge ou un nuage de gaz ne peut pas se mettre en sécurité tant que les commandes tombent Le 17 octobre, des coursiers ont traversé des cortèges gazés et des chauffeurs VTC ont fui à contresens les charges des forces de l'ordre, rapporte Union-Indépendants. Deliveroo a d'ailleurs suspendu sa plateforme à plusieurs endroits les 17 et 18 octobre : la mesure existe déjà, il s'agit de la généraliser avant les manifestations annoncées le 24 octobre et le 5 novembre.
  • Laisser le choix au livreur, c'est faire peser le risque sur celui qui a besoin de la course Uber Eats répond que ses livreurs peuvent refuser des commandes sans conséquence sur leur compte. Mais ces travailleurs sont indépendants, et refuser une commande revient à renoncer à son revenu. C'est pourquoi le syndicat demande que l'annulation se fasse sans perte de rémunération et que le manque à gagner soit compensé : une suspension décidée par la plateforme évite au livreur d'avoir à trancher lui-même.

Les arguments contre

  • Une suspension coupe le revenu de milliers d'indépendants et prive le quartier de livraisons Les livreurs ne sont pas salariés, et sans commande ils ne gagnent rien. Une suspension large sur des périmètres entiers, pendant des journées de manifestation répétées, touche aussi les restaurateurs et les clients du quartier qui n'ont rien à voir avec les cortèges. Uber Eats préfère laisser chaque livreur décider s'il travaille ou non.
  • Une alerte en temps réel protège mieux qu'une coupure décidée depuis un siège Le syndicat lui-même réclame un dispositif d'alerte en temps réel sur les zones à risque. Le 17 octobre, livreurs et VTC se sont retrouvés au milieu des heurts sans pouvoir se mettre en sécurité, selon le syndicat ; un périmètre fixé à l'avance peut rester trop large à un endroit et trop étroit ailleurs, alors qu'une information en direct laisse le livreur s'éloigner au bon moment.

Sources

Vote ouvert jusqu’au .

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