Les supermarchés ont-ils eu raison de boycotter la réunion de Bercy sur les négociations commerciales ?

· Économie et consommation

La fédération qui représente notamment Leclerc, Carrefour et Intermarché a boycotté le 2 novembre une réunion à Bercy préparant les négociations annuelles avec les industriels, qui fixent une partie des prix en rayon.

Une cliente dans l'allée d'une épicerie bordée de rayons garnis
Photo Vitalii Kyktov, Unsplash (licence Unsplash) ; Oviedo, Espagne ; recadrée en 3:4

Le contexte

Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, supermarchés et industriels négocient les conditions qui déterminent les prix en rayon, hors marques de distributeurs. Ces discussions sont régulièrement accusées de peser sur la rémunération des agriculteurs. Une réunion préparatoire, d'abord prévue le 28 octobre, se tenait lundi 2 novembre au ministère de l'Économie.

La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente E.Leclerc, Carrefour et Intermarché, a décidé de la boycotter. Elle pose deux conditions : la transparence sur le coût des matières premières agricoles et un traitement différencié pour les PME. Sa déléguée générale, Judith Jiguet, dit vouloir « sortir de ces réunions qui sont un théâtre et des postures où on ne prend aucune décision ».

Le même jour, la FCD a publié une étude du cabinet Asterès, qu'elle a commandée, sur 33 multinationales de l'agroalimentaire. Entre 2017 et 2025, leur marge nette moyenne atteindrait 13 %, contre 3,5 % pour l'industrie agroalimentaire française entre 2018 et 2024. Selon l'étude, ces groupes, comme Coca-Cola ou Nestlé, représentent près de 75 % de la valeur des produits négociés chaque année.

Les industriels (Ania, Ilec, La Coopération agricole…) accusent la FCD d'éviter de rendre des comptes sur ses propres pratiques. Pact'Alim, qui représente les PME de l'agroalimentaire, demande de ne pas reproduire « les déséquilibres constatés ces dernières années ». Le cabinet du ministre du Commerce, Serge Papin, estime que les demandes des distributeurs sont déjà couvertes par la loi d'urgence agricole, et prépare des directives pour tous les acteurs.

Les arguments pour

  • Les multinationales gagnent bien plus que le reste de l'industrie alimentaire D'après l'étude Asterès commandée par les distributeurs, les grands groupes de l'agroalimentaire affichent une marge nette moyenne de 13 % entre 2017 et 2025, contre 3,5 % pour l'industrie française entre 2018 et 2024. La FCD a publié cette étude à quelques semaines des négociations pour dénoncer les marges de ces groupes, qui représentent près de 75 % de la valeur des produits négociés.
  • Ces réunions préparatoires ne débouchent sur aucune décision La FCD refuse de participer tant que deux exigences ne sont pas reconnues : la transparence sur le coût des matières premières agricoles et un traitement différencié pour les PME. Sa déléguée générale qualifie ces réunions de « théâtre ».

Les arguments contre

  • Les distributeurs fuiraient le débat sur leurs propres pratiques, selon les industriels Les fédérations d'industriels accusent la FCD d'éviter de rendre des comptes sur ses propres pratiques. L'Ania juge en outre l'étude Asterès « hors sujet ».
  • Leurs demandes sont déjà prises en compte par la loi d'urgence agricole, selon le gouvernement Le cabinet de Serge Papin estime que les nouvelles dispositions de la loi d'urgence agricole prennent déjà en compte les demandes de la FCD : la fin des négociations avec les PME serait fixée plus tôt, pour qu'elles ne soient plus « la variable d'ajustement ».

Sources

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